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Travailler a Domicile

Une tres bonne lecture, merci bien !!!

nikita bellucci

Super post, merci !

Jean Daunizeau

Paris, le 5 Octobre 2012


A l'attention du Président Directeur Général de l'INSERM,

Dans le contexte de la préparation des Assises de la Recherche, nous voudrions porter a votre attention un certain nombre de considérations qui, selon nous, pourraient être intégrées à une réflexion critique sur l'organisation du travail au sein des organismes publiques de recherche scientifique. Nous avons choisi de mettre en avant des problématiques que nous savons liées à certaines particularités de notre activité de recherche. Pourtant, nous espérons que les limites évidentes de nos remarques ne compromettront pas globalement leur pertinence, qui nous semble, paradoxalement peut-être, contingente à notre statut de jeune chercheur: nous listons ici les points qui nous paraissent amoindrir l'attractivité du système français, par contraste avec notre expérience récente de la réalité du travail de recherche à l'international.

Tout d'abord, il nous semble que l'argent public serait d'autant mieux investi que la part de notre temps de travail consacré à ce que nous savons faire (la recherche) serait maximisée. Nous pensons qu'il faut considérer, au delà de la nuisance personnelle qu'il occasionne, le poids des procédures administratives comme un gâchis, en termes de productivité scientifique. Nous donnerons deux exemples:
• Obtenir une autorisation de l'INSERM pour un projet de recherche expérimentale fondamentale chez l'Homme est d'une complexité administrative ahurissante. Le fait même que la procédure prenne entre six mois et un an devrait suffire à prendre la mesure du temps perdu, handicap très largement inutile dans un contexte de compétitivité internationale. Nous comprenons parfaitement les contraintes éthiques et juridiques liées à l'encadrement de la recherche clinique. Il nous semble simplement que ce type de pression pourrait être allégé pour les études à caractère fondamental. A titre d'exemple, pourquoi ne pas permettre la création d'autorisations "chapeaux", couvrant toutes les études à risque "faible" (c'est-à-dire non invasives; p. ex.: comportement, neuroimagerie, etc...)?
• La multiplication des organismes de tutelle et de financement s'accompagne d'une charge de travail supplémentaire liée à l'évaluation de la conduite des projets de recherche, ainsi qu'à la communication de leurs résultats. Nous précisons que nous discutons ici des évaluations qui s'ajoutent à celles effectuées à un niveau individuel (p. ex.: recrutement et suivi des chercheurs). Nous ne contestons pas le besoin qu'ont ces agences de contrôler la qualité de la recherche qu'elles financent: c'est parfaitement légitime. Mais qu'en est-il des contrôles qui sont effectués (p. ex.: par l'AERES) pour le compte d'organismes qui ne contribuent pas au financement des projets de recherche? S'il est difficile de mettre en place un cadre coopératif entre ces agences à un niveau stratégique, pourquoi, au moins, ne pas normaliser les procédures d'évaluation (p. ex.: les format des rapports scientifiques et financiers) sur un modèle unique?

De façon peut-être a priori plus anecdotique, il nous semble important de combler un vide statutaire: celui de "junior PI", c'est-à-dire de jeune chef d'équipe. Nous constatons simplement que rien n'existe entre le poste de fonctionnaire de la recherche et celui de stagiaire post-doctoral. En fait, la situation est la suivante: les jeunes chercheurs travaillant à l'étranger ont le choix entre un contrat précaire au salaire peu attractif, et un pari sur la réussite à un concours de recrutement dont les modalités sont pour la plupart simplement inintelligibles. Bien entendu, nous entrevoyons certaines difficultés inhérentes à l'établissement d'un tel statut (p. ex.: en termes de ressources humaines: à quel niveau doit appartenir la décision sur le recrutement? Sur quel type de financement? etc... ). Cela-dit, elles ne peuvent pas être insurmontables, puisque ce statut existe ailleurs (p. ex.: "assistant/associate professor" dans les pays anglo-saxons). Le point critique ici, est que ce type de statut est fait pour épouser les besoins (et les risques) de la période clé de la carrière d'un chercheur qui cherche à s'établir, c'est-à-dire à prendre la responsabilité d'une équipe dans le but de développer les thématiques de recherche rendues possibles par l'expertise qu'il a acquise. Il nous semble que la création d'un tel statut (avec les attributs contractuels appropriés) changerait profondément l'attractivité des instituts publics de recherche.

En conclusion, nous sommes pleinement conscients du caractère inabouti et décousu de ces quelques remarques. Nous espérons simplement orienter une partie de la discussion autour de problèmes qui nous touchent de près, et dont les solutions changeraient significativement l'organisation de notre vie professionnelle.


Sébastien Bouret
Jean Daunizeau
Mathias Pessiglione

Association JeCCo (Jeunes Chercheurs de l'Institut Cochin)

Contribution des jeunes chercheurs de l'Institut Cochin aux Assises de l'ESR :

Dans le domaine de la biologie en France, les jeunes chercheurs (doctorants et docteurs non statutaires) constituent les forces vives des laboratoires en termes de production scientifique. En effet, les jeunes chercheurs représentent près d’un tiers du personnel de l’institut Cochin, et y sont représentés par l’association JeCCo. Nous tenons à rappeler que dès le doctorat, les jeunes chercheurs sont des professionnels de la recherche (et pas seulement des étudiants), et que le manque de reconnaissance du doctorat dans la société ne peut s’accomplir sans cette reconnaissance à la base du métier de chercheur.

De par leur statut de précaires en début de carrière, les jeunes chercheurs en biologie partagent des problématiques spécifiques communes. Celles-ci, développées ci-dessous, concernent notamment l’augmentation inquiétante de la précarité en biologie ainsi que les poursuites de carrières ouvertes aux jeunes chercheurs et l’accueil des jeunes chercheurs étrangers.

Vous pouvez télécharger notre contribution, ici :
http://www.jecco.fr/actions/cjc/78-contribution-jecco-aux-assises

Ingrid Bureau pour l'unité 901 à l'INMED

Contribution des chercheurs et ITA de l'unité inserm 901 à l'INMED

L'ensemble de nos recommandations se résume en quelques mots:
1- Cesser d'infantiliser les chercheurs et leur donner plus d'autonomie
2- Assurer la pérennité des savoirs et compétences techniques dans les labos.

1- Le premier point demande d'accorder une plus grande autonomie aux chercheurs dans l'exécution de leurs projets scientifiques. Cette autonomie passe par la diminution de la rigidité et de la lourdeur administrative encadrant la gestion financière et humaine des projets, par plus de budgets récurrents et par des évaluations scientifiques et des audits financiers s'effectuant a posteriori. En bref, les chercheurs réclament qu'on leur fasse confiance.

2- Le second point demande une augmentation des emplois stables de techniciens et d'ingénieurs dans les instituts de recherche et de la revalorisation de leur profession. Les ITA sont garants de la transmission des connaissances scientifiques et des expertises techniques dans des labos dont la composition est en grande partie mouvante.


Plus en détails:

I- GERER ET FINANCER MIEUX ET PLUS SIMPLEMENT
Supprimer des strates
Il y a maintenant un millefeuille de structures qui se proposent de financer ou d'orienter la recherche : PRES, IdEx, EquipEx, IHU, LabEx, Alliances, Instituts Carnot, RTRA et RTRS, IRT, Pôles de compétitivité, SATT, ANR, AERES, Universités, EPST, Écoles doctorales, Régions, Départements, fondations etc... Clairement, l'orientation et le financement de la recherche doivent être simplifiés et revenir aux mains des EPST et des universités. L'argent pour la recherche doit financer la recherche et le moins possible sa gestion.

Répondre aux appels d'offres, ou ne serait-ce que se tenir au courant des montages toujours plus obscurs et plus monstrueux dans leur organisation, est devenue une charge telle que les chercheurs n'exercent plus leur activité de recherche qu'en pointillé, voire plus du tout, plusieurs mois durant.

On note également une multiplication des strates au sein même des EPST. La décentralisation n'est pas suffisante et les chercheurs doivent trop souvent correspondre avec des interlocuteurs multiples de l'équipe administrative du labo, de la délégation régionale et du siège à Paris. La gestion financière et humaine des projets au quotidien pour être efficace doit s'effectuer dans les instituts de recherche, au plus proche des chercheurs.

L'ANR
L'ANR a son utilité mais elle a pris trop d'ampleur et le taux de réussite est si bas qu'elle en devient aléatoire. Une partie plus importante du budget des équipes de recherche doit provenir de financements récurrents.

Les programmes "retour postdoctorant" et "Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs" de l'ANR sont des initiatives positives car elles viennent renforcer les programmes AVENIR/ATIP ayant pour but d'attirer les postdocs seniors en France et parce qu'elles aident les jeunes chercheurs à développer de nouveaux projets.

Dans un scénario où tout financement de l'Etat devait provenir de l'ANR, il devrait y avoir alors au moins 70% d'ANR blanc et son taux de succès devrait être augmenté à 30% . Dans l'autre scénario où le financement récurrent via les EPST et universités était augmenté jusqu'à couvrir 60% des besoins des instituts évalués, les 40% restant pourraient alors provenir de l'ANR sous forme d'appels thématiques et blanc dans d'autres proportions.

On note que le financement ANR ne couvre pas tous les frais engendrés par la recherche, en particulier les frais de fonctionnement des instituts. Le financement sur projet est aussi déconnecté de la réalité scientifique qui veut que l'argent tombe alors qu'un projet a déjà démarré et que les dépenses nouvelles serviront en partie à préparer une prochaine demande. A cet égard, les chercheurs se plaignent du manque de souplesse de l'ANR mais aussi des EPST et de leurs exigences de faire rentrer toutes les dépenses dans des cases pré-définies. Les découvertes sont par nature imprévisibles.


Le crédit impôt recherche (CIR)
La baisse des budgets attribués à la recherche doit être stoppée et cesser d’être masquée par les financements attribués aux entreprises via le CIR. Le CIR doit être 1-diminué au profit du financement récurrent des labos, 2-réorienté vers les PME et ne financer que des projets à caractère innovant, 3-conditionné par l’embauche de docteurs de l'université, 4-évalué scientifiquement et financièrement.


Les contrats de recrutement des postdoc et des ITA
La loi Sauvadet de 2012 qui prévoit la CDIsation du personnel recruté sur CDD après 6 années en EPST n'a pas tardé à révéler son côté obscur : les ressources humaines traquent les candidats avec 4 ans et plus d'expérience pour les écarter. Résultat: 1- les CDD ne sont pas CDIsables et ne peuvent pas non plus prolonger leur CDD. 2- les labos ne peuvent maintenant que recruter du personnel inexpérimenté et s'en séparer peu de temps après l'avoir formé.

Que ce soit sous la forme d'une titularisation ou d'un CDI, un recrutement plus important et plus pérenne des ITA est nécessaire pour assurer la transmission des connaissances et des expertises techniques au sein des labos dont la composition est en grande partie mouvante (postdocs et étudiants vont et viennent). De plus, ce recrutement ne doit pas se limiter aux plateformes comme c'est le cas aujourd'hui mais aussi satisfaire les besoins des équipes.

Les thèses et HDR
Les contrats de thèse devraient tenir compte de la réalité scientifique en biologie: l'apprentissage est long et une thèse s'effectue en moyenne entre 4 et 4.5 ans, pas 3 ans.

L'HDR (habilitation à diriger des recherches) devrait être supprimée car complètement obsolète et sans équivalent en Europe. Le calcul du nombre de bourses doctorales distribuées chaque année pourrait simplement se baser sur le nombre de chercheurs et d'équipes.

II- EVALUER MOINS ET MIEUX
Supprimer l'AERES
L'évaluation par l'AERES fait l'unanimité contre elle tant elle perçue comme illégitime (car le financement récurrent ne représente aujourd'hui qu'environ 25% du budget d'un laboratoire), coûteuse, chronophage voire carrément néfaste (car au service d'un démantèlement). Il s'agit d'une agence de notation, dont les notes (A, A+) ne veulent rien dire et sont sans conséquence positive (pas de hausse de budget).

Les chercheurs s'accordent pour dire que l'évaluation est souhaitable. Ils rappellent que leur travail est sans cesse évalué au travers de publications, de séminaires, de rapports annuels d'activité pour leur EPST et de rapports scientifiques écrits à l'intention des organismes et des fondations qui les financent.

L'évaluation des équipes devrait revenir aux EPST et aux universités et devrait se baser sur le rapport d'experts nationaux et internationaux reconnus. Elle devrait être basée avant tout sur le travail accompli plus que sur les projets. Car enfin, il y a un risque réel à divulguer des projets à des experts qui sont aussi des compétiteurs. Enfin, l'évaluation devrait être délibérative, comparative et contextualisée. Elle devrait essentiellement servir à identifier les problèmes et à proposer des solutions.

III- REVALORISER LES METIERS DE LA RECHERCHE

Les chercheurs
Exercer le métier de chargé de recherche en France n'est plus attrayant auprès des étudiants et postdocs. Les causes sont: une rémunération insuffisante qui a du mal à s'expliquer par la stabilité d'un poste de fonctionnaire, des responsabilités administratives toujours plus lourdes, et la difficulté de monter des projets.

Il faut donc:
-Améliorer la rémunération des chargés de recherche en début de carrière.
-Améliorer l'évolution de carrière des chargés de recherche en créant un statut hors-classe qui tiendrait compte de leur expérience tout en admettant les différences avec le statut de directeur de recherche.

-Proposer aux candidats des "packages" compétitifs en Europe: un financement type AVENIR/ATIP non plus sur 3+2 ans mais sur 5+2 ans et qui permettrait de s'équiper et d'engager un postdoc, un technicien et un étudiant sur toute la durée du contrat.
-Imposer aux entreprises bénéficiant du CIR l'embauche de docteurs diplômés de l'université.
-Développer le recrutement des docteurs diplômés de l'université dans les entreprises et dans les grands corps d'Etat.
-Prolonger la thèse à 4 ans en biologie, pour permettre aux étudiants de participer au développement de projets originaux (et d'y prendre goût).
- Instiller la culture de la recherche fondamentale parmi les ingénieurs en multipliant les passerelles entre écoles, universités et laboratoires.


Les ITA
L'évolution des métiers des ITA force à une grande polyvalence et les recrutements de surdiplômés sont la règle. A l'instar des chercheurs, les salaires sont sans rapport avec la formation initiale ni avec les compétences mises en œuvre au quotidien: La veille scientifique, la gestion organisationnelle et financière, la formation des usagés en interne et en externe, le développement technique, la mise au point de protocoles de références et l’organisation d’une démarche qualité sont autant de missions des ITA qui nécessitent des compétences diverses. Une réflexion sur une meilleure adéquation entre le niveau technique de recrutement (profil de poste) et les pré-requis de diplôme qui conditionnent la rémunération est donc nécessaire. Entre autres, le corps des assistant ingénieurs devrait disparaître au profit d'une augmentation du nombre de postes d'ingénieurs plus en accord avec les besoins des labos et de l'activité quotidienne des assistants ingénieurs.

La non-évolution de carrière reste un point noir gravissime pour la motivation des ITA: le changement de grade est une exception rare qui se mérite après de nombreuses années de concours ou bien est le résultat d'un clientélisme. La promotion de corps est quant à elle un Graal quasi inaccessible. Par exemple, le passage d'ingénieur d'étude vers ingénieur de recherche n'est possible qu'après 9 ans en catégorie A ou bien après 7 ans en catégorie A par concours interne avec, souvent, mutation vers un autre institut. Les concours internes doivent donc être plus nombreux, et avec une proportion non négligeable sans mutation afin de conserver les expertises scientifiques et techniques des labos.

Les conditions d'attribution des primes doivent être plus transparentes et harmonisées entre EPST et université.

La revalorisation des métiers de soutien de la recherche ne se cantonne pas qu’aux salaires et aux promotions qui, heureusement, ne sont pas leur unique moteur. Des règles d’éthiques claires quand à la reconnaissance du travail accompli dans un projet de recherche devrait être établies en s’inspirant des travaux internationaux sur la place des auteurs dans les articles scientifiques ; les remerciements devraient être mieux pris en compte dans les évaluations et par les chefs d’équipes.

Yara Barreira,  IR INSERM, DVM ,PhD

En
lisant le document de travail « Éléments de réflexion pour les Assises
de l’enseignement supérieur et de la recherche », deux points ont
attirés mon attention et en tant que directrice d’une plateforme
mutualisée labellisée IBiSA (la plateforme Anexplo) et de UMS
US006/CREFRE à Toulouse et ils m’ont amené à vous adresser ce
commentaire :

La réflexion qui concerne le besoin de « Rendre les coûts
d’infrastructures systématiquement éligibles aux financements
compétitifs, ainsi que facturations internes, de plateformes mutualisées
».
Oui, cela est indispensable à l’établissement d’un coût de
fonctionnement réel d’un projet de recherche, notamment de ceux qui
utilisent les modèles animaux génétiquement modifiés, puisqu’ils font
appel de façon importante et permanente aux plateformes qui permettent
la création, la production et la caractérisation phenotypique de ces
modèles, constituant ainsi la majeur partie de leur budget de
fonctionnement.

L’affirmation « La dynamique de la recherche et de l’innovation, dans
une concurrence internationale forte, impose la nécessité de maintenir
un haut niveau de recrutements" et le constat que
« le déficit en ingénieurs et techniciens est devenu d’autant plus
critique que l’évolution des sciences de la vie et de la santé nécessite
des compétences spécifiques et le développement de technologies de plus
en plus sophistiquées » sont exactes mais les moyens actuels mis en
place sont en désaccord avec cette stratégie.

Récemment, en janvier 2011, l’Inserm et l'UPS ont créé une unité du type
UMS à Toulouse, l’US 006/CREFRE, en répondant aux besoins d'une
communauté scientifique régionale Midi Pyrénées.
Cette unité sera dotée d’une nouvelle infrastructure de 3000 m²
co-financée par Inserm et plusieurs partenaires , notamment la Région
Midi-Pyrénées,le CREFRE (Centre Régional d’Exploration Fonctionnelle et
Ressources Expérimentales).

Par l'intermédiaire d’un contrat cadre signé entre l’Inserm et Sanofi,
l’UMS a pu structurer et anticiper le fonctionnement de cette nouvelle
structure à partir de mars 2011,dans des locaux provisoires en attendant
l’ouverture de son bâtiment en 2013.Cette démarche a permis le
démarrage immédiat d’une mutualisation des expertises et de nouveaux
outils technologiques de haut niveau.
La direction, consciente de la pénurie actuelle de postes ITA et aussi
dans une logique d’optimiser les ressources humaines existantes, a mis
en place une mobilité interne de façon à réduire la demande globale de
ressources humaines auprès de tutelles (Inserm/UPS).Le démarrage
anticipé a été possible grâce à une volonté d’adaptation des ressources
humaines existantes,animées par l’ambition de réussir l’objectif majeur
de ce projet, c’est à dire, de permettre aux différents chercheurs
toulousains de développer leurs projets de recherche en disposant
d'avantage des locaux
de qualité.

Malgré l’effort réalisé en mettant déjà en œuvre la stratégie de
mobilité interne/évolution de profils,suggérée dans cette réflexion des
assises de la recherche,l’ UMS a été amené à faire une demande de
création de postes à ses tutelles pour une affectation en 2012.Cette
demande n’étant pas accordée ( aucune création de poste),l’UMS a été
obligée à faire appel à des recrutements du type vacations, car même le
recrutement type CDD n’est pas réalisable à partir de ressources propres
(prestations internes),cf les règles de fonctionnement de l’ Inserm.Le
recrutement de ressources humaines via les contrats précaires de type
vacations ou CDD ne sont pas compatibles avec les modalités de gestion
de masses salariales par une UMS ou une plateforme mutualisée.Cela est
administrativement incompatible avec les règles actuelles! Malgré que
le budget de fonctionnement soit assuré presque en totalité par les
recettes obtenues par la réalisations de prestations de service,l’ UMS
rencontre des problèmes dans son fonctionnement à cause de cette
incohérence entre l'objectif de la structure et les modalités juridiques
de recrutement.

Au delà du problème juridique pour le recrutement de vacataires et CDDs à
partir de prestations internes, il y a aussi le problème de perte
d’expertise.Le changement périodique du personnel amèneà une perte
d’expertise avec le départ des ITA déjà formés.Le nombre réduit de
création de poste d’Ingénieurs et Techniciens par l’Inserm dans nos
structures conduit au développement de situations
critiquables à la fois du point de vue de la qualité et de la stratégie
scientifique,ainsi de la gestion de ressources humaines.

Cela est aussi vrai pour les équipes de recherche, que malgré la
disponibilité d’un budget de fonctionnement, elles ne peuvent pas faire
renouveler le recrutement des CDD au delà de trois ans,en perdant de
l'expertise avec le départ de leurs doctorants ou ITA formés pendant
plusieurs années.Un réel changement du mode de fonctionnement de nos
structures s'impose dans l'intérêt de la recherche scientifique.

Bernard JEGOU, Rapporteur général de l’Inserm pour les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche

Cher(e)s Collègues,

Alors que les Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche sont entrées dans la phase territoriale de la consultation, je tiens à vous remercier très sincèrement pour le dynamisme et la mobilisation dont vous avez fait preuve pour contribuer à alimenter ce blog.
Avec plus d'une centaine de contributions individuelles ou collectives, l'exercice s'est avéré fécond, traduisant la qualité aussi de la réflexion interne de l'Inserm et de ces partenaires.
À travers vos propositions, suggestions et commentaires vous avez amplement manifesté votre attachement à l’institut tout en permettant d'élaborer et d'enrichir notre position à un moment particulièrement important pour l'avenir de la recherche française et de son enseignement supérieur.
Dans quelques jours je ne manquerai pas de revenir vers vous afin de vous communiquer la synthèse de votre participation à l'élaboration de la contribution de l'Inserm aux Assises.
Très cordialement.

Kyle Broflovsky

@ Anne Hosmalin

"Des cautions bancaires pour aider les jeunes chercheurs et chercheuses."

Ce serait bien que les chefs de labo qui utilisent les jeunes chercheurs se portent caution bancaire pour eux. Un peu comme si les chefs d'entreprise avaient à payer leurs salariés.

Pierre-Olivier Couraud, directeur de l'Institut Cochin

Contribution de l’Assemblée Générale de l’INSTITUT COCHIN aux Assises de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur (ESR)

Cette contribution a été préparée dans les départements scientifiques de l'Institut, élaborée à partir des débats de l'Assemblée Générale du 26 septembre, et validée par le conseil de direction du 3 octobre 2012. Différentes catégories de personnels (chercheurs, ingénieurs et techniciens, doctorants, statutaires et non statutaires) sont intervenues dans ces débats.

Nous attendons de ces Assises de vrais changements, reflétant une volonté politique concrète de soutien à la recherche. D’une manière générale, nos propositions sont en accord avec le texte du C3N, concernant les principales questions qui préoccupent les chercheurs et enseignants-chercheurs français :
- l’évaluation menée par l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES)
- le Crédit Impôt Recherche (CIR)
- la politique de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR)
- la création des Initiatives d’excellence (IDEX)
- les primes d’excellence scientifique (PES)
- l’emploi dans la Recherche et l’emploi des jeunes docteurs

Nos propositions tiennent compte du contexte économique national. Les moyens nouveaux que nous demandons sont systématiquement compensés par des économies faites sur d'autres parties du budget que l'Etat consacre au soutien à la recherche publique ou privée.

AERES
Nous demandons que l'évaluation des unités CNRS ou INSERM soit confiée à ces organismes de recherche. Le système d'évaluation résultant aura les avantages suivants : 1) Permettre un couplage nécessaire entre l'évaluation des structures et celle des personnels. 2) Effectuer une évaluation comparative nationale, avec un suivi sur plusieurs années, contrairement à la pratique de l'AERES. 3) Simplifier le système d'évaluation, qui a crû de façon aberrante ces dernières années, jusqu'à en devenir obsédant, et perturbant pour l'activité de recherche. 4) Alléger les responsabilités de l'AERES, ce qui permettra de réduire ses effectifs, et de faire des économies importantes, y compris en termes d'heures-chercheur passées à rédiger ou à évaluer une multiplicité de projets et rapports. L'AERES pourra alors se consacrer à l'évaluation des unités qui ne sont pas évaluées par ailleurs. On peut attendre une amélioration certaine de la qualité de l'évaluation, par l'adoption d'un tel rétrécissement du périmètre de l'AERES.
Notre proposition : réduction majeure du périmètre d'intervention de l’AERES; l'évaluation des UMR CNRS doit être confiée au Comité National, et celle des Unités INSERM à cet Organisme

ANR
L'avis largement majoritaire des personnels de l’Institut Cochin réunis en Assemblée Générale le 26 septembre 2012 est que cette agence fonctionne mal : - le taux de réussite aux appels « blancs » (les principaux appels d’offres auxquels la très grande majorité des équipes de l’Institut Cochin répond) est beaucoup trop bas (12% environ) pour qu'il n'y ait pas un "effet loterie", impliquant beaucoup de frustration et de perte de temps ; - la qualité globale des rapports d’évaluation est très en-dessous des normes appliquées par d'autres agences aux niveaux national et international.
Le plus simple serait que l'ANR disparaisse et que son budget (environ 700 millions € par an) abonde le budget des Organismes de recherche. Ces derniers pourront utiliser ce complément budgétaire pour augmenter les financements de base des laboratoires (lesquels s'inscrivent dans le cadre de la contractualisation quadriennale des labos sur la base d'un rapport (évaluation a posteriori) et d'un projet (évaluation a priori). L'évaluation quadriennale aboutit au fait que les labos les plus performants reçoivent des sommes nettement plus importantes (par équivalent temps plein) que les laboratoires moins productifs : les financements de base soutiennent la recherche, mais ils sont délivrés de l'obsession des projets à court terme.), pour augmenter le recrutement de personnel statutaire quand l'ANR a augmenté d'un facteur 4 le nombre de CDD sans aucune anticipation quant aux postes de statutaires, contribuant à augmenter dramatiquement le processus de précarisation des jeunes chercheurs. Les Organismes pourront lancer des appels à projet sur des domaines jugés prioritaires. Les organismes de recherche seront les mieux placés pour financer à la fois des post-docs en CDD et des postes statutaires de façon coordonnée,.
Notre proposition : face au constat de son dysfontionnement, l’ANR doit disparaître et son budget actuel sera reventilé sur les Organismes de recherche qui pourront mener une politique de recherche et d’emploi cohérente.

Crédit d'impôt Recherche (CIR)
Nous sommes parfaitement conscients du fait que le CIR n'est pas inscrit au budget, mais il pèse néanmoins dans l'équilibre budgétaire global de notre pays. Nous savons que le CIR relève de plusieurs ministères, et très peu de celui de l'ESR. Il s'agit néanmoins d'argent public que l'Etat consacre à la recherche, en l'occurrence privée. Les sommes consacrées au CIR ont crû énormément en quelques années (440 millions € en 2004, 5 milliards en 2011). L'évaluation scientifique est quasiment absente de ce dispositif alors qu’il permet le versement de plusieurs milliards d’Euros à des grandes entreprises . Comment croire par exemple à l'efficacité des 130 millions € versés à Sanofi en 2011 pour soutenir sa recherche alors même qu'il réduit massivement ses effectifs de recherche? Pour comparaison, une telle somme est proche des budgets d’intervention (hors salaires) de l’INSERM ou de l’Institut des Sciences biologiques du CNRS…,.
Dans cette période de difficultés budgétaires, personne ne peut comprendre que les pouvoirs publics choisissent de privilégier un système hautement discutable par rapport à un système qui a fait ses preuves, et nous vaut une reconnaissance internationale.
Le CIR doit par contre permettre de continuer à soutenir la recherche dans les PME. Le CIR devra être concentré sur les petites entreprises innovantes , mais devrait être conditionné à l'embauche de docteurs et augmenté dans le cas de collaborations effectives avec le secteur public.
Notre proposition : réduction de l’enveloppe du CIR qui devra être ciblé sur les PME et incitations à l’embauche de jeunes docteurs pour mieux soutenir la recherche publique,

IDEX
Le projet IDEX correspond à l'immobilisation (au titre du Grand Emprunt) d'environ 7 millliards €, dont moins de 300 millions (les intérêts de ces 7 milliards) seront versés annuellement à leurs bénéficiaires. C'est une somme assez importante globalement, qui devrait accroître d'environ 1% le budget des établissements concernés, salaires compris. C'est pour ce bénéfice somme toute limité que les établissements concernés s'engageront dans la voie d'une restructuration majeure : formation de méga-universités (de 120.000 étudiants pour l'IDEX SPC qui nous concerne), avec une gouvernance très resserrée, trop éloignée des acteurs de la recherche et de l'enseignement supérieur. Cette strate nouvellement créée ne nous parait pas justifiée. Outre des économies, son annulation permettrait une simplification réelle du paysage de l'ESR, réclamée par tous.
Notre proposition : Disparition des IDEX qui, sous couvert de soutien à l’« l’excellence scientifique », ne contribuent qu’à un clivage de la communauté scientifique, là où collaborations et échanges doivent être encouragés

Prime d’excellence scientifique (PES).
La justification de la PES (comme des contrats d'interface INSERM) est douteuse : faire bénéficier quelques individus du résultat d'efforts toujours collectifs, car faits par des équipes. L’attribution des PES répond à des critères contestables.
Notre proposition : Suppression de la PES qui méconnaît le travail de l’équipe, la structure de base de l’activité de recherche, au profit d’individualités.

Plan pluri-annuel pour l'emploi.
Il nous apparaît indispensable que l'Etat donne une visibilité à ses projets en matière d'emploi dans l'ESR. Cette visibilité est réclamée par tous ceux qui travaillent dans ce domaine, quel que soit leur statut. Il n'est pas envisageable de développer ce secteur sans investir de façon importante dans l'emploi scientifique. Dans la période récente, cet emploi s'est développé essentiellement sur des postes précaires (CDD). Si l'emploi statutaire n'est pas développé, les jeunes se détourneront des activités liées à la recherche. Il ne faut donc pas seulement maintenir le niveau d'emploi actuel, il faut absolument le développer. Ce développement est parfaitement possible : la création de 1000 postes supplémentaires chaque année coûterait 70 millions d'euros. Cette somme représente un faible pourcentage du budget annuel de l'ANR (700 millions €) et surtout du CIR (5000 millions €).
C'est sur les ITA que repose une bonne partie de la mémoire, du savoir-faire dans les équipes. De ce point de vue, le recrutement croissant d'ITA en CDD est une aberration. Il faut augmenter le recrutement d'ITA sur postes statutaires, non seulement sur les plateformes technologiques, mais aussi dans les équipes.
Pour les chercheurs et enseignants-chercheurs, il faut un dispositif qui permette de recruter à l’issue d’un stage post-doctoral de 3-4 ans (après l’obtention du Doctorat en biologie), et mettre un terme au système actuel d'empilement sans fin des CDD, qui mettent trop de jeunes vers 35-40 ans en très mauvaise posture sur le marché de l'emploi. La présence dans les laboratoires de jeunes chercheurs ayant une position permanente et pouvant donc se consacrer entièrement à la mise en place d’un projet de recherche à long terme est très important pour le dynamisme et le renouvellement de la recherche ainsi que pour la transmission du savoir.
Notre proposition : La création de postes supplémentaires de chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs et techniciens est vitale pour l'avenir de l'ESR dans notre pays. Elle est parfaitement réaliste et doit être annoncée dans un Plan pluri-annuel pour l'emploi.

Durée de la thèse.
Nous proposons que la durée du Doctorat, du moins en biologie, soit de 3 + 1 années, c'est-à-dire de 3 ans en principe, sans limitation de la part des Ecoles Doctorales (ED) à l'attribution d'une 4e année afin de permettre à celles et ceux qui le souhaitent et en ont les capacités de valoriser pleinement leur travail, notamment par une publication dans une revue internationale de haut niveau, un objectif très rarement atteint en 3 ans. Le Doctorat demande un investissement personnel considérable et repose également sur un travail en équipe : à ce double titre, il doit constituer un atout majeur pour un recrutement en entreprise.
Notre proposition : réévaluation de la durée de la thèse en biologie (de 3 +1 ans) et revalorisation du doctorat vis à vis du monde de l’entreprise.

Les Petits Débrouillards

Une contribution du mouvement des Petits Débrouillards aux assises de la recherche :
"en nous excusant d'apparaître comme un peu décalée !"

A télécharger ici :
http://cl.ly/JzqI

24 propositions qui centrent le débat sur la richesse des relations entre sciences, savoirs, techniques et société intégrant les questions issues du « milieu » de l’ESR. Elles prétendent à mieux lier les préoccupations du monde de l’ESR à des politiques publiques dépendant d’autres ministères: éducation nationale, économie sociale et solidaire, emploi, développement, logement et égalité des territoires.

Florence Demenais

Post-doctorants
Les post-doctorants constituent un des éléments moteurs de la recherche en Amérique du Nord et dans des pays Européens comme le Royaume Uni et l’Allemagne et sont une richesse pour le développement d’un laboratoire. Le recrutement des post-doctorants en France est difficile pour plusieurs raisons : 1) le très fort encouragement , pour les doctorants français, d’aller effectuer un post-doctorat à l’étranger s’ils souhaitent poursuivre une carrière dans le monde académique français alors que des laboratoires français peuvent offrir des post-doctorats de qualité éventuellement assortis de courts séjours à l’étranger dans le cadre de collaborations entre l’équipe française et des équipes étrangères ; 2) les salaires que l’on peut proposer à un post-doctorant en France qui sont moins attractifs que ceux proposés dans les pays mentionnés ci-dessus ; 3) les grandes difficultés administratives rencontrées pour recruter un post-doctorant étranger non-européen étant donné le délai souvent important (pouvant aller jusqu’à 6 mois) pour obtenir les papiers requis pour le séjour et le travail en France alors que le financement du contrat de recherche a déjà débuté et risque d’être perdu; 4) l’absence de structures d’accueil pouvant faciliter l’insertion du post-doctorant étranger et de sa famille en France sous forme de conseils, d’informations pratiques … telles qu’il peut en exister dans des universités d’Amérique du Nord.

Il serait donc souhaitable que : 1) le post-doctorat en France pour les doctorants français ne soit pas dévalorisé lors du recrutement d’un jeune chercheur dans les organismes de recherche et les universités ; 2) le recrutement de post-doctorants étrangers soit facilité par des échanges plus directs entre les services administratifs des organismes de recherche et des universités et la préfecture de police et par le développement de structures d’accueil facilitant l’insertion des post-doctorants étrangers en France.

Anne Hosmalin

Des cautions bancaires pour aider les jeunes chercheurs et chercheuses.

La précarité et le faible niveau des carrières des jeunes chercheurs et chercheuses sont particulièrement pénibles en France en raison de l'attitude des propriétaires de logements et des banques, qui leur demandent d'être titulaires de CDI et/ou de verser des cautions très élevées pour la location ou les prêts. Cela empêche l'installation des jeunes chercheurs non statutaires à cette période de leur vie où ils et elles doivent avoir leurs enfants.
Il faut trouver des moyens (cautions solidaires...) pour soutenir les jeunes chercheurs pour la location ou les emprunts destinés au logement.

Anne Hosmalin, DR CNRS, Présidente sortante de la CSS5 de l'INSERM


Anne Hosmalin

Contribution du CA de la Société Française d'Immunologie
1. Des réductions budgétaires sont certes rendues nécessaires par la crise, mais la France ne peut pas sacrifier son avenir et celui de sa jeunesse : elle doit remettre la Recherche dans ses missions prioritaires car c'est la Recherche qui prépare la prospérité d'une nation dans l'avenir.
2. A la sortie de la série de réformes du précédent gouvernement, le gouvernement actuel doit montrer sa véritable vision à long terme en évitant de nouveaux bouleversements, consommateurs inutiles de temps et d'énergie. Il doit assurer la possibilité à des projets scientifiques d'être effectués avec des moyens suffisants, en focalisant ses moyens: il doit permettre aux EPST, aux Universités et aux Centres possédant la masse critique et le savoir-faire, de faire rayonner la science française et de développer l'innovation qui assurera à la France sa place dans le monde dans la durée du 21ème siècle.
3. Il doit aussi permettre l'émergence, en évitant une accumulation improductive des moyens dans des laboratoires très confirmés. Cela peut être atteint en prenant en compte le rapport qualité/prix des recherches effectuées, par exemple avec une déclaration des ressources certifiée par l'organisme gestionnaire.

nathalie Cartier

Au nom de la Société Française de Thérapie Cellulaire et Génique dont je suis actuelle presidente, je vous propose d'inclure le commentaire suivant :

Proposition du bureau de la Société Française de Thérapie Cellulaire et Génique (SFTCG)
Donner une nouvelle ambition pour la recherche
Appropriation des démarches et connaissances scientifiques par la société
Point de vue de la SFTCG :
Les sociétés scientifiques savantes telles que la Société Française de Thérapie Génique (SFTCG, www.sftcg.fr) jouent un rôle important dans la promotion des connaissances et dans les démarches scientifiques dans la société. A travers un congrès annuel, des ateliers de travail, des publications, des prix et récompenses et un site Internet, la SFTCG a pour mission de favoriser les échanges entre tous les différents acteurs dans son domaine. Le soutien des activités de la SFTCG par les universités, instituts de recherche ou par les instances régionales ou locales est un aspect essentiel de cette mission de diffusion des connaissances vers le public spécialisé et vers le grand public.

Agir pour la réussite de tous les étudiants
Point de vue de la SFTCG :
Les sociétés scientifiques savantes telles que la Société Française de Thérapie Génique (SFTCG, www.sftcg.fr) sont fortement engagées à soutenir la réussite des étudiants dans leur domaine d’intérêt. A travers un congrès annuel, des ateliers de travail, des publications, des prix et récompenses et un site Internet, la SFTCG contribue à l’enseignement supérieur. Ces activités pourraient être reconnues et intégrées dans des formations de 3ème cycle afin de compléter ou d’alléger la charge des enseignants et des enseignants/chercheurs.


Nathalie Cartier
Présidente

Des précaires d’un laboratoire INSERM parisien

Contribution des précaires d’un laboratoire INSERM parisien


Nous sommes des personnels, ingénieurs, assistants-ingénieurs, techniciens, thésards, jeunes chercheurs en post-doctorat, d’un laboratoire de recherche public employés sur contrats en CDD depuis plusieurs années.

1) Pour nous, le fait d’être en CDD et d’accumuler les CDDs parfois de courte durée signifie :
- Une image précaire dans la société, avec des difficultés récurrentes pour se loger (location d’appart difficile, prêt ou achat d’un logement encore plus difficile, voire impossible)
- Une situation pas toujours très claire dans le laboratoire lui-même avec une accumulation de nombreux CDD courts et/ou très courts (< 1 mois) qui ne garantit pas une stabilité du salaire qui varie selon la source de financement et des délais de signature des contrats qui ne garantissent pas à tout moment la couverture maladie, les accès au self, etc (certains, et ils ne sont pas rares, ont signé plus de 14 contrats/vacations en moins de 2 ans !!!...)
- Une tension et un stress permanents, aucune stabilité et une perte de temps considérable pour tout le monde (nous-mêmes, directeurs d’équipe, secrétaires)
- Un aspect flou des contrats (concernant par exemple les vacances, RTT, déplacements, missions, …) : les CDDs ne savent souvent pas à qui s’adresser et finalement, il leur est conseillé de ne rien déclarer… Quid d’un accident qui arriverait pendant les vacances ?
- L’absence de prime de précarité dans la fonction publique

En gros, cette succession de CDDs signifie qu’aucun projet de vie n’est possible sur le moyen ou long termes.
Doit-on alors considérer que le jeune chercheur, le technicien ou l’ingénieur en CDD dans un laboratoire public doit vivre en dehors du monde réel socio-économique pour se consacrer à son métier ?

Nous demandons une meilleure application du droit du travail pour les agents en CDD dans les laboratoires de recherche.


2) La loi Sauvadet :
- Surprend tout le monde (techniciens, ingénieurs, jeunes chercheurs) et prend de court
- Donne une excuse pour nous « mettre dehors » sans justification
- Des dérogations seront-elles possibles à la loi ?
- Quid du cumul des différents EPST, les universités sont-elles comptées dedans ?
- L’application de la loi n’est pas claire et personne ne sait précisément comment elle va s’appliquer. Par exemple, quid de travailler dans différents corps de métiers : IR/IE, technicien, post-doc, ATER,... au vu de l’application de cette loi?
- Cette loi ne prend pas en compte l’avenir des gens concernés : quoi faire des gens qui arrivent au bout de ces 5 ans et 11 mois ? Des dispositifs doivent être mis en place pour recruter ces personnels hautement qualifiés dans la recherche publique, dans les entreprises et dans les collectivités territoriales en faisant la promotion du statut de ces IATOS et chercheurs.
- Si il y a un besoin et des compétences en face, alors le recrutement stable doit être fait !

Ainsi, au lieu de protéger le personnel en CDD d’une précarisation à long terme de leur situation professionnelle, la loi Sauvadet induit purement et simplement l’éviction (par le non renouvellement de leur contrat) d’une part importante des jeunes chercheurs, techniciens et ingénieurs de la recherche académique, avant le terme des 5 ans et 11 mois de CDD.
Inutile de rappeler également que l’éviction de ces personnels est une perte inestimable pour les laboratoires de recherche eux-mêmes, qui à nouveau, doivent former de jeunes étudiants ou de jeunes diplômés, si toutefois le savoir-faire n’a pas purement et simplement disparu avec l’éviction de l’ingénieur, du technicien ou du post-doctorant. Voilà donc une situation des plus déplorables.

L’accumulation de CDDs et la loi Sauvadet sont clairement des freins à la compétitivité et à l’excellence de la recherche française car ils entrainent une perte des gens qualifiés et avec eux, la perte de leurs savoir-faire, et la perte du suivi dans les projets de recherche.
Cela provoque un appel d’air de jeunes chercheurs et jeunes IATOS non expérimentés.

Si il y a autant de CDDs dans les laboratoires de recherche publics, c’est qu’il y a de l’argent (dont l’argent géré par l’ANR). Cela pose la question d’une meilleure distribution de cet argent sur des contrats plus stables.


3) Problème de la recherche financée sur projets :

Le fonctionnement de la recherche sur projets nécessite de plus en plus de temps aux chercheurs qui écrivent de nombreux dossiers de financement au lieu de manager leurs équipes et de gérer les projets de recherche.
De plus, les financements sont peu flexibles et ne permettent pas de passer de l’enveloppe « fonctionnement » à l’enveloppe « salaires », aboutissant parfois à des situations absurdes dans lesquelles tout le matériel est déjà acquis et disponible mais n’est pas utilisé car il n’est pas possible de recruter des personnels (enveloppe « salaires » limitée) pour effectuer des recherches avec ce matériel alors même que le budget « fonctionnement » est encore considérable.


4) La vie des thésards :

La thèse est et doit être reconnue comme une expérience professionnelle.
Défense du PhD dans la société : le statut de chercheur avec titre de Docteur es sciences n’est pas valorisé en France, contrairement à d’autres pays européens comme l’Allemagne, l’Angleterre, etc. Dans ces pays, les entreprises reconnaissent la valeur de ce niveau d’études et sont friandes d'embaucher des docteurs car elles ont compris leurs compétences et leur valeur ajoutée.

- Les écoles doctorales :
Les écoles doctorales sont généralement déconnectées du monde de l’entreprise. Il y a également assez peu de contacts entre thésards et écoles doctorales, et peu de formations concernant l’insertion professionnelle.

- Difficultés des thésards étrangers concernant leur visa :
Afin de faciliter les démarches pour les doctorants étrangers, il convient que les doctorants reçoivent de droit des cartes de séjour valables pendant l’ensemble de la durée prévue pour la thèse. Cela permettrait aux doctorants avec le statut « étudiant » d’être
dispensés des démarches à effectuer chaque année pour le renouvellement de la carte de séjour pendant toute la durée de la thèse. Cela est très chronophage.


5) Chercheurs post-doctorants :

Les post-doctorants sont des jeunes chercheurs à part entière.
Le post-doctorat est une expérience de chercheur avec un contrat salarié et doit acquérir un véritable statut à la fois dans les laboratoires et aussi dans la société en général.

- Problèmes actuels des financements post-doc, des nombres de postes ouverts et des exigences requises pour les concours :

Le cœur du problème est le suivant : d’un côté, les postes à pouvoir sont trop peu nombreux, ce qui entraine une augmentation drastique du niveau des exigences imposées aux candidats lors des concours (on observe un nivellement vers le bas des postes auxquels les candidats sont recrutés en comparaison de leurs qualifications et expériences : il faut un niveau ingénieur pour obtenir un poste de technicien, un niveau chercheur post-doctorant pour obtenir un poste d’ingénieur de recherche, un niveau CR1 pour obtenir un poste CR2, ...) et d’un autre coté la loi Sauvadet limite depuis peu à 5 ans et 11 mois la durée totale des CDD délivrés par des EPST. Alors comment est-on censé faire pour atteindre « le niveau » requis pour notre titularisation en si peu de temps ?

Les critères d’éligibilité sont de plus en plus restreints pour les financements post-doc des associations, fondations, conseils régionaux, etc. Tout est fait pour décourager les jeunes chercheurs au-delà d’un ou deux post-docs. C’est en complète contradiction avec l’âge de recrutement qui augmente et est autour de 34-35 ans pour les postes de MCU et les postes de CR. Alors, avec l’apparition de la loi Sauvadet, est-il désormais obligatoire de partir à l’étranger pour faire son ou ses post-docs ?

Avec la loi Sauvadet, le post-doctorant se trouve face à un pari très risqué : s’il a été financé pendant sa thèse par un EPST ou un ministère, il devra trouver un poste pérenne en 3 ans maximum : au-delà il ne pourra plus trouver de contrats dans les EPST, ce qui est quasiment impossible. Le système français est donc en défaveur d’un tel choix.
Selon nous, un départ à l’étranger doit être uniquement motivé par le désir de pratiquer le métier de chercheur dans un cadre différent, d’acquérir de nouvelles compétences et non de « gagner » des années. De surcroit, cette quasi obligation de partir à l’étranger est discriminatoire. Tout le monde n’a pas la possibilité de s’exiler à l’étranger. Certaines contraintes familiales ou personnelles ne sont pas toujours compatibles avec un départ à l’étranger.
Il ne s’agit jamais d’un choix facile que de s’expatrier. Le risque de partir est très grand, car le postdoctorat s’accompagne souvent d’une rupture avec les équipes françaises et compromet le retour en France sur un poste pérenne. Le retour est donc souvent très délicat et est peu encadré. A son retour, il se retrouve le plus souvent dans une situation précaire, sans revenu, à la recherche d’un contrat dont le montant de la rémunération est souvent bien inférieur à celui auquel il pouvait prétendre à l’étranger. Les différences de salaire sont conséquentes. Revenir en France impose de réduire son niveau de vie de manière importante. A l’étranger les postdoctorants (postdoctoral fellow) acquièrent rapidement un statut de chercheur avec un vrai statut, reconnu dans tous les pays étrangers mais pas en France : research assistant puis research associate par exemple. Ce choix du postdoctorat à l’étranger n’est pas sans conséquence sur tout l’environnement familial.

Dans de telles conditions, il n’est pas rare de voir de brillants jeunes chercheurs se réorienter professionnellement ou rester dans les laboratoires à l’étranger et s’ajouter à la longue liste des cerveaux fuyant la France.


A force de vouloir lutter contre la précarité, les dernières mesures restrictives sur les critères d’éligibilité aux financements post-doctoraux et la loi Sauvadet l’augmentent.

De nombreux postdoctorants en France arrivent au bout de leurs 6 ans de financement dans les EPST. De très nombreux postdoctorants sont à l’étranger depuis de nombreuses années et cherchent à rentrer en France. Le problème dans les deux cas est le même : la quantité de postes ouverts au concours de recrutement dans la fonction publique est trop faible et la situation devient inextricable : le niveau de recrutement dans les concours est tel qu’il n’est plus en adéquation avec le niveau de poste demandé.


6) Propositions :

Alors comment faire ? La recherche peut-elle continuer à être compétitive et productive sans ces personnels précaires ? Cela nous semble impossible. Doit-on pour autant rester précaire indéfiniment ? Cela semble contre-productif à long terme. Alors que faire ? Stabiliser l’emploi des jeunes chercheurs, techniciens et ingénieurs dans les laboratoires sous peine de voir la désaffection déjà importante des nouvelles générations pour les métiers de la recherche s’accroitre, et se diriger impuissants vers le déclin de la recherche académique dans notre pays ?

Pour cela, nous devons instaurer, le plus rapidement possible, un véritable suivi de la carrière des thésards, jeunes chercheurs, techniciens, assistants-ingénieurs et ingénieurs comme cela se fait depuis longtemps dans les entreprises privés.

En effet, les Ressources Humaines (RH) n’existent pas dans les EPST pour les personnels en CDD, non titulaires. Il n’y a aucun suivi des parcours et du devenir des employés. Les RH n’apparaissent qu’à la signature des contrats et posent alors parfois problème car les délais de signature sont souvent trop longs. La signature d’un contrat est donc souvent réalisée après le début et parfois même après la fin d’un contrat de courte durée (dans le cas de contrats de quelques semaines).

Ouvrir trop massivement les postes pour les recrutements de tous les post-doctorants imposerait ensuite de bloquer les recrutements pendant des années. Seule une vraie programmation de recrutement sur plusieurs années (organisation pluriannuelle de la recherche) pourrait détendre la situation, avec une augmentation significative du nombre de postes ouverts (un doublement ou triplement du nombre de postes de chercheurs ouvert au concours pendant quelques années assainirait probablement la situation). Après cette période, il faudrait maintenir un niveau de recrutement supérieur à celui mis en place jusqu’à ce jour pour éviter de retomber dans la situation actuelle. Il faut également agir en amont et limiter le nombre de thèses à la capacité de notre pays à recruter (dans la recherche publique, les entreprises, les collectivités territoriales) ensuite les personnels qu’elle forme.

De plus, la CDIsation doit-elle être indivisible du statut de fonctionnaire ? A l’heure où les structures de recherche se regroupent en instituts, ne peut-on pas penser que des recrutements locaux en CDI sont possibles (abandon du statut de fonctionnaires pour des CDIs de droit privé) dans la recherche publique ?


Remarque sur les postes ATER et demi-ATER :
Il est à noter que les postes de demi-ATER et ATER sont très insuffisamment payés (environ 1200 et 1700 euros net mensuels respectivement) et ne s’accompagnent pas automatiquement de gratifications. Nous suggérons de réserver les postes de demi-ATER pour des doctorants en fin de thèse (avec un salaire au moins égal à celui des thésards) et de réserver les postes d’ATER entiers à des chercheurs post-doctorants (avec un salaire au moins égal au salaire moyen d’un post-doctorant). Ainsi, le salaire des ATER prendra en compte l’ancienneté dans les laboratoires.

Signature :
Nous sommes 2 assistants-ingénieurs, 2 techniciens, 1 ingénieur d’étude, 2 ingénieurs de recherche, 4 thésards, et 12 chercheurs post-doctorants ayant cumulé, par personne, entre 2 et 20 CDDs ces dernières années dans des laboratoires de recherche publique. Nous travaillons actuellement dans un laboratoire INSERM parisien.

Juliette, Anne-laure, Nathalie, Jérémie, Lucie,  Jeunes chercheurs non-titulaires

Témoignages

Je m’appelle Juliette et je suis post-doctorante, mais je préfère le terme de « jeune chercheur » (non titulaire) dans un laboratoire de recherche biomédicale. J’ai 32 ans, mais je pourrais aussi bien me nommer Nathalie, Anne-Laure, Jérémie ou Lucie et avoir entre 30 et 35 ans, cela importe peu. Comme la plupart des jeunes chercheurs j’envisage une carrière dans la recherche académique et je tente de monter mon “dossier”, c’est à dire d’atteindre un niveau de publication (en terme de nombre et niveau de facteur d’impact) pour pouvoir prétendre à une titularisation à l’issue d’un concours. Mais voilà le cœur du problème : d’un côté, les postes à pouvoir sont trop peu nombreux, ce qui entraine une augmentation drastique du niveau des exigences imposées aux candidats lors des concours et d’un autre coté la loi Sauvadet limite depuis peu à 5 ans et 11 mois la rémunération des post-doctorants en CDD par les EPST. Alors comment est-on censé faire pour atteindre « le niveau » requis pour notre titularisation en si peu de temps alors même que le C.V. exigé pour une titularisation est désormais celui d’un chercheur confirmé ?
Ainsi, au lieu de protéger le personnel en CDD d’une précarisation à long terme de leur situation professionnelle, elle induit purement et simplement l’éviction de la recherche académique, d’une large partie des jeunes chercheurs à l’issue des 5 ans et 11 mois post-thèse. Lorsque l’on considère que former un étudiant en thèse coute plus d’une centaine de milliers d’euros, à l’état principalement, mais également, en partie, aux diverses fondations, aux associations de malades et à l’industrie biomédicale et pharmacologique, n’est-il pas navrant de constater que ce jeune personnel ultra qualifié se voit « lâché dans la nature » à la recherche d’un emploi parfois très éloigné de ses compétences ?
Inutile de rappeler également que l’éviction de ces personnels est une perte inestimable pour les laboratoires de recherche eux-mêmes, qui à nouveau, doivent former de jeunes étudiants ou de jeunes diplômés, si toutefois le savoir-faire n’a pas purement et simplement disparu avec l’éviction du post-doctorant. Voilà donc une situation des plus déplorables.

La question pour le jeune chercheur est alors la suivante : doit-il partir à l’étranger (pour deux ans en moyenne) à l’issue de sa thèse et ainsi conserver intact son capital temps ?

Pour ma part je considère qu’un départ à l’étranger doit être uniquement motivé par le désir de pratiquer le métier de chercheur dans un cadre différent, d’acquérir de nouvelles compétences et non de « gagner » des années. De surcroit cette quasi obligation de partir à l’étranger est discriminatoire. Tout le monde n’a pas la possibilité de s’exiler à l’étranger. Certaines contraintes familiales ou personnelles ne sont pas toujours compatibles avec un départ à l’étranger.
Sans compter que le retour des jeunes chercheurs de l’étranger n’est pas aisé et peu encadré. A son retour il se retrouve le plus souvent dans une situation précaire, sans revenu, à la rechercher d’un contrat dont le montant de la rémunération est souvent bien inférieur à celui auquel il pouvait prétendre à l’étranger. Dans de telles conditions, il n’est pas rare de voir de brillants jeunes chercheurs rester à l’étranger et s’ajouter à la longue liste des cerveaux fuyant la France.

Maintenant laissez-moi aborder un autre problème qui se situe bien en amont de la mort programmée du jeune chercheur. Comment fait-on pour vivre en CDD longue durée en France ? En effet, bien souvent le jeune chercheur doit enchainer plusieurs CDD et parfois pour la même position dans un laboratoire, et dans certains cas pour un salaire moindre puisque le montant des traitements dépend du type de contrat. En outre, si les plus chanceux auront signé moins de 5 contrats durant leurs années précaires post thèse, les autres en signeront parfois plusieurs dizaines. Inutile de préciser alors que dans ces conditions l’accession au logement (ne parlons même pas de la propriété) s’avère très compliquée et que cette situation génère beaucoup de stress. Elle est également bien souvent un frein aux divers projets de vie.
Doit-on alors considérer que le jeune chercheur doit vivre en dehors du monde réel pour se consacrer à son métier ?

Alors comment faire ? La recherche peut-elle continuer à être compétitive et productive sans ces jeunes chercheurs précaires ? Cela me semble impossible. Doit-on pour autant rester précaire indéfiniment ? Alors que faire ? Stabiliser l’emploi des jeunes chercheurs dans les laboratoires, sous peine de voir la désaffection déjà importante des nouvelles générations pour les métiers de la recherche s’accroitre, et se diriger impuissants vers le déclin de la recherche académique dans notre pays ?

Mais la CDIsation doit-elle être indivisible du statut de fonctionnaire ? A l’heure où les structures de recherche se regroupent en instituts ne peut-on pas penser que des recrutements locaux en CDI soient possibles ? Et pour cela, nous devons instaurer le plus rapidement un véritable suivi de la carrière des jeunes chercheurs comme cela se fait depuis longtemps dans les entreprises privés.

Enfin si je parle principalement des post-doctorants/jeunes chercheurs, c’est tout simplement que c’est mon métier. Mais je pourrais également m’appeler Juliette et être ingénieure, assistante ingénieure, technicienne et comme des centaines de milliers d’autre être un précaire de la recherche, compétent et passionné par mon métier mais qui sauf exception, ne pourra l’exercer plus de 5 ans et 11 mois…

Juliette, Anne-Laure, Nathalie, Jeremy et Lucie, Jeune chercheurs non titulaires.

Bruno Urbero

Proposer une solution informatique aux projets de recherche

De nombreux projets scientifiques ont des besoins informatiques qui restent non couverts parfois faute de moyens mais plus généralement pour des raisons de compétences dans le domaine.

Sauf en l'absence totale de budget, il est généralement possible de trouver une solution informatique adaptée au projet scientifique. Cependant les manques se situent à deux niveaux : l'infrastructure et la gestion de projet informatique.

Pour l'infrastructure, il n'y a pas de structure existante dédiée à l'hébergement des projets scientifiques à l'Inserm. De trop nombreux projets ayant un besoin informatique : publication d'un site Web, mise en place d'un portail collaboratif, etc. n'ont pas les savoir-faire requis et lorsqu'ils ont recours à des sociétés de service paient des conseils plutôt chers et peu souvent utiles.

Dans ce cas-là, il est rare que les notions de sécurité, environnements séparés entre la production et le développement, plan de reprise d'activité, etc. soient évoqués et encore moins mis en œuvre. C'est pourtant indispensable.

La gestion de projet informatique pour les projets scientifiques est encore plus déficiente. De ce fait même les projets ayant un budget informatique se retrouvent en grande difficulté car le chercheur qui a prévu le financement de ses développements et matériels ne sait pas forcément comment les organiser. Les déficits de conseils et d'encadrement mettent les projets en difficultés : il faut choisir les matériels, les plateformes d'hébergement, les langages et applications, encadrer les phases de spécification, développement et recette. Ce n'est pas le travail du chercheur et encore moins son centre d'intérêt.

Toutes ces notions sont basiques pour un projet informatique mais éloignées d'un projet scientifique. D'autant que ces deux mondes ont des compétences, des langages et savoir-faire éloignés.

L’INSERM a de nombreux projets scientifiques qui ont su se doter d'une informatique performante. Cependant, l'absence de partage de ces moyens et connaissances oblige chaque projet à réinventer sa roue avec les pertes de moyens et d'énergie associés.

Bien sûr, tout cela doit et peut se faire avec des ressources compatibles avec celles d'un laboratoire, avec la réactivité souhaitée par le chercheur mais aussi avec le sérieux d'une solution informatique professionnelle. C'est possible car cela a déjà été fait mais il manque les moyens de mutualisation.

Cette dernière serait non seulement source d'une large économie d'échelle mais surtout une aide significative apportée à la recherche et à la pérennité de ses projets informatiques.

INSERM UMR676 HOP ROBERT DEBRE

L'unité Inserm U676, dont l'activité est entièrement dédiée à l'amélioration de la santé des nouveau-nés et à la prévention du handicap, a souhaité participer aux Assises par une contribution collective.

Cette contribution, largement partagée par les membres de l'Unité, est centrée sur trois questions : l'emploi scientifique, le financement de la recherche et son évaluation. Cette contribution sera complétée par des participations individuelles qui développeront ou discuteront toute question d'intérêt.

1) Emploi scientifique

La pauvreté actuelle des débouchés professionnels dans la recherche détourne les étudiants du doctorat et assèche les équipes. Elle pousse de nombreux docteurs, après des années d'expérience professionnelle, hautement qualifiés, à des reconversions professionnelles scientifiquement injustifiées, ou à l'exil. C'est un grave manque à gagner pour la recherche française.
Pour les chercheurs et les ingénieurs de haut niveau, qui font tant défaut aux laboratoires, les conditions d'exercice de la profession et les carrières sont peu attractives. Le recrutement des techniciens est notoirement dérisoire, leurs fonctions étant par la force des choses dévolues aux chercheurs, pour un coût salarial démesuré.
La multiplicité des sources de financement (Europe, ANR, Fondations, sociétés savantes, associations de malades etc.) associé à un faible recrutement fait peser une charge bureaucratique explosive sur les personnels administratifs qui assurent souvent des fonctions de gestionnaires pour des salaires de secrétaires.
La situation catastrophique de l'emploi scientifique est un obstacle majeur à l'accomplissement des missions de la recherche publique.
L'unité se prononce pour un plan pluriannuel de recrutement scientifique pour toutes les catégories professionnelles. Les problèmes humains entraînés par la précarité et le peu de perspective des chercheurs post-doctorants, qu’ils soient en France, ou à l’étranger, sont devenus intolérables. C’est urgent, la pérennité et la qualité de la recherche en France le réclament : ces personnes formées à grand frais par l’état pendant des années (10 voir 15 ans !), dès lors qu’elles en montrent les capacités, doivent intégrer les laboratoires français, sous peine d’un exil désastreux, géographique ou thématique. En outre, fait gravissime, cette situation conduit souvent dans les universités et autres lieux de formation à ne plus considérer les métiers de la recherche comme ouvrant la moindre perspective. Il est urgent de restaurer un niveau de recrutement décent dans nos organismes de recherche et pour se faire de rediriger vers ce poste budgétaire essentiel les crédits égarés vers les structures vides et inutiles (Anr, AERES) dont nous demandons la suppression immédiate (cf. infra).
Une meilleure gestion des ressources humaines par les organismes devrait favoriser l'acquisition de nouvelles qualifications, l'adéquation des personnes et des postes, apporter une aide effective à la mise en place des trajectoires professionnelles et améliorer le bien-être au travail.
Toutes les pistes pour favoriser l'emploi scientifique doivent être explorées et des mesures contraignantes adoptées. En particulier, le Crédit Impôt Recherche doit être réorienté vers les entreprises innovantes dont l'effort de R & D est patent. Toute aide à une entreprise, petite ou grande qui prétend à l'innovation doit être conditionnée à l'embauche de docteurs.

2) Financement de la recherche

Le financement de la recherche est devenu envahissant et obsédant; il détourne les chercheurs de leurs missions. Les personnels sur statut précaire, sans lesquels les équipes ne peuvent fonctionner, en sont les otages. Cette politique du financement sur projet à partir de sources multiples contraint à la dispersion sur des projets à court terme.
Le financement sur projet doit être fortement réduit au profit d'un financement pérenne des laboratoires, qui seul permet d'engager des projets à long terme. L'ANR doit disparaître ou, en tout cas, fortement réduite à des programmes d'incitations à certaines recherches en complément, et non en substitution, des axes de recherches propres des équipes. Les financements que l'ANR distribue actuellement doivent être largement ou totalement réaffectés à l'emploi scientifique et au budget des laboratoires.

3) Evaluation

L'exercice de la profession confronte le chercheur à une évaluation permanente : lors de l'examen individuel et de celui des équipes par l'Inserm, à chaque soumission d'article, à chaque demande de financement. Un flot d'éléments d'appréciation de l'activité en découle. Dans ce contexte, l'évaluation par l'AERES paraît inutile et dispendieuse. Son coût est exorbitant, non seulement du fait du fonctionnement et du personnel de l'AERES, mais aussi du fait de l'investissement des personnels évaluateurs et évalués, au détriment des missions de recherche. Dans un contexte particulièrement restreint sur le plan budgétaire, l'AERES doit disparaître et l'évaluation confiée à l'Inserm qui dispose des moyens de la conduire efficacement et rationnellement.

Un invisible parmi les ITA

Préambule
Tout d’abord un remerciement sincère à Mme la Ministre d’avoir lancé ces assises et, ainsi, de nous donner la parole : il est vrai que la recherche a beaucoup évolué ces dernières décennies tout en conservant ses statuts d’origine. Une adéquation avec le monde d’aujourd’hui n’est donc d’autant moins un luxe que nos tutelles respectives ne semblent jamais avoir éprouvé la nécessité de connaître notre avis sur ce point.

1/ Agir pour la réussite des étudiants
Les étudiants ne peuvent réussir sans sérénité, accompagnement et perspective d’avenir. Il serait donc bon :
- d’allonger la durée maximum de la thèse de doctorat à 4 ans
- de financer chaque étudiant sur son cursus complet et non seulement une partie sans garantie de renouvellement.
- de revaloriser les bourses des étudiants en fonction du coût du logement de la ville de leur étude.
- de proposer un « plan de carrière » aux étudiants dès leur entrée en thèse afin qu’ils ne se retrouvent pas au chômage après 1 à 2 post doc ou, à défaut, recrutés IR.
- de n’accepter, comme encadrant d’étudiants, que les scientifiques présents au moins 50% de leur temps au laboratoire.
- arrêtons la règle insidieuse du recrutement CR2 au maximum 5 ans après la thèse et avec en plus des publications de facteurs d’impacts élevés : ajouter au goulot d’étranglement de l’obtention des bourses de thèses, c’est le meilleur moyen de décourager les scientifiques de demain. Les chercheurs qui après des années de dur labeur se présentent devant un jury de recrutement ne sont PAS des ratés par qu’ils n’ont pas X Nature ou Science à leur tableau de chasse : l’état a investi pendant des années pour les former alors pourquoi ne pas leur proposer une carrière décente ?

2/ Donner une nouvelle ambition pour la recherche
La première ambition serait déjà d’être capable de conserver ce que l’on a, sans quoi, on s’expose à le perdre. La recherche a toujours progressé par la transmission du savoir et surtout du savoir-faire, source de progrès et d’innovation. Ce savoir-faire est principalement l’apanage des ITA, une espèce en voie de disparition programmée que les CDD, étudiants, post docs aux turn over de plus en plus rapide, ne parviendront pas à remplacer. De plus, la forte incitation de ces dernières années à gagner les plates formes, dégarnie encore plus les équipes et tente d’opposer des métiers qui ne sont pas interchangeables mais différents et complémentaires.
Dans les années 80 le nombre d’ITA était supérieur à celui des chercheurs: aujourd’hui il y a presque moitié moins d’ITA que de chercheurs et les recrutements sont c’est en chute libre. De plus, en sourdine, le vivier disparaît : dans les années 90 seuls les deux premiers d’une promotion de BTS pouvaient continuer leurs études, les autres allant en laboratoire d’analyses médicale ou étaient recrutés TR. Aujourd’hui c’est 80% minimum d’une classe d’âge qui poursuit ses études : qui va remplacer ceux que l’on appelle pompeusement les « lab manager », les référents, les piliers, la mémoire d’un laboratoire ou encore les garants du savoir-faire ? Comment progresser lorsque le savoir-faire disparaît ?
- Il faut donner un vrai plan de carrière aux ITA en arrêtant les inégalités de traitement lié aux statuts et le système féodal qui les veut dociles et serviles : lorsque l’on fait le même métier que les autres scientifiques, il est normal d’avoir le même droit à la parole, la même considération, la même reconnaissance et une réelle évolution de carrière.
- une promotion de changement de corps devrait être donné à un ITA qui fait l’effort d’obtenir un diplôme national par la poursuite de ces études, la VAP ou la VAE comme un étudiant qui progresse dans son cursus, diplôme après diplôme.
- Les postes d’IR doivent être réservés et attribués aux SEULS ITA, pour leur mérite, leur travail, leur évolution.
- laisser les ITA écrire des articles de méthodes et demander des financements pour des développements techniques ou technologiques et déposer eux-mêmes des brevets pour valoriser leur travail et le rendre plus facilement accessible à la communauté.
- Accepter la mobilité REELLE des ITA : si vous êtes d’un EPST vous ne pouvez rejoindre une équipe d’un autre EPST. La mobilité est soit disant continue mais si vous la demandez en dehors de certaines périodes on vous réponds que l’on fait pour vous quelques choses d’exceptionnel; et lorsqu’enfin le dossier d’accueil est prêt, vous devez encore attendre des mois que l’ensemble des procédures se fassent, que chacun se mettent d’accord. Est il difficile de comprendre qu’une mobilité rapide est un gage de maintien de compétence et d’équilibre personnel ?
- Le travail de recherche est celui d’une équipe et non d’une seule personne, alors pourquoi les prix d’excellences, les contrats d’interfaces, les médailles et autres récompenses ne concernent jamais les ITA ? Pourquoi recherche ne rime qu’avec chercheur ou médecin dans la société, la presse, en oubliant allègrement les étudiants, les post docs, les ITA ?

La seconde ambition serait d’améliorer l’existant et de préparer l’avenir
- arrêter l’embonpoint bureaucratique. Dès le niveau CR1, les chercheurs deviennent des managers accaparés par les écritures : articles, demandes de financements, rapports d’avancées des recherches aux organismes de financements, appels d’offres, rapports d’activités, dossier ANR, AERES, INSERM, CNRS, les évaluation aussi nombreuses que les tutelles … sans oublier que ces mêmes chercheurs sont sollicités pour évaluer les rapports des autres ! Quel temps leur reste-il pour faire de la recherche ? De même, les multitutelles sont-elles vraiment utiles lorsqu’elles sont synonymes d’empilements bureaucratiques qui ralentissent le travail de chacun et compliquent le travail de nos gestionnaires d’unités ?
- au contraire, simplifions les procédures comme par exemple les demandes de financements avec leur ridicule feuille de temps, leur rigidité qui empêche de dépenser l’argent d’une catégorie pour une autre.
- arrêter les financement de CDD de 18 mois maximum incompatible avec un réel travail de recherche : 3 ans voir 5 ans seraient mieux, mais les CDI plus appropriés. Ces CDD participent encore à cette volonté d’employer des compétences malléables à souhaits que l’on délaissent une fois le résultat obtenu : comment peux t-on aller de CDD en CDD, être compétant et assurer la formation nécessaire pour rester au niveau de compétence demandé qui lui même ne cesse d’augmenter ?
- Arrêtons les regroupements forcés afin d’être « visible depuis Shanghai » : favorisons plutôt l’intelligence des scientifiques QUELQUE SOIT LEUR STATUT et la valorisation de leur efforts mais de façon transparente et équitable. Pourquoi les dossiers d’évaluation comme les travaux de recherche ne sont pas évalués de façon anonyme afin de favoriser la science ?
- De même, améliorons l’évaluations des équipes de recherche en tenant compte de la parole des étudiants comme des ITA et en créant des jury composés de scientifiques d’horizons différents et non seulement ceux du domaine. Arrêtons également les évaluations à la chaîne alors qu’une seule, bien menée serait suffisante à condition d’être constructive et donc regardant à la loupe l’ensemble des travaux et le fonctionnement du laboratoire : est-il normal que dans certaines équipes, un CR ne puisse évoluer qu’en demandant sa mutation ou se fasse éjecter sans que personne n’est à rendre compte ? Est-il normal qu’il n’y ait jamais de réunion de laboratoire dans certaines équipes, que les scientifiques partent les uns après les autres dans d’autres, que des étudiants travaillent sans être payés, que l’hygiène et la sécurité laissent à désirer, que la souffrance au travail ne soit jamais prise en compte, que… sans que personne ne réagisse ?

3/ Concevoir le nouveau paysage pour l’enseignement et la recherche.
Le nouveau visage de la recherche ne se dessinera qu’en favorisant la mise en relation plutôt qu’en concurrence, par la simplification des procédures plutôt que l’embonpoint bureaucratique récemment encore décrié dans la presse et l’académie des sciences et enfin par la distribution équitable des moyens financiers.
- Arrêter le cloisonnement CNRS/INSERM/Université etc. …. Laisser les gens qui s’entendent, se rejoindre et travailler ensemble surtout au moment ou les Unités MIXTES de Recherche sont la règle
- Arrêter la culture des « EX » : labEX, IdEX, equipEX, Excellence … La découverte tout comme l’excellence ne se décrètent pas et ne sont jamais acquises ad vitam æternam. La science ne progresse que par sa remise en question perpétuelle. Le progrès vient forcément de précédentes avancées souvent discrètes : la théorie d’Einstein n’y fait pas exception. Alors plutôt que de financer massivement des grands projets (pendant combien de temps ? Et après ?), finançons les innovations et favorisons leur valorisations.
- Ne serait–il pas judicieux, justement, de rassembler les différentes unités de valorisation de la recherche, en une seule unité nationale et lui donner accès au rapport d’activités de chaque chercheur, de chaque ITA pour qu’elle y trouve (découvre ?) et accompagne les talents et brevets de demain ?
- L’argent existe mais plutôt que d’en demander toujours plus, il faudrait commencer par rationaliser son utilisation : pourquoi chaque EPST dispose de son propre logiciel de commande, payé une fortune, et qui complique la tache des gestionnaires d’unité au moment des centres de recherche multi-tutelles ? La création des IHU a été très controversée et, lorsqu’on en voit le fonctionnement de l’intérieur, on entend les heureux élus se demander ce qu’ils vont bien pouvoir acheter maintenant qu’ils ont touché le gros lot ! De même, à quoi sert le crédit impôt recherche alors que le privé supprime de plus en plus ses R&D et externalise sa recherche auprès des laboratoires publics ?
- Une découverte, une avancée majeure ou tout simplement un travail scientifique, est un travail d’équipe : les primes d’excellence et autre prix décernés au seuls directeurs de laboratoire ne se justifie plus. De même, il faut arrêter les cumuls de mandats et de salaires et autres contrats d’interface qui permettent à un petit nombre d’avoir des salaires de ministres, d’être partout, de décider de tout sans rien faire eux-mêmes. N’est-il pas indécent de donner des millions d’euros au travers des ERC à des scientifiques en fin de carrière quand on sait le mal qu’on les jeunes CR à développer leur sujet ?
- Est-il possible que l’Etat lui-même rende compte des actions entreprises et de leurs résultats au moment où l’on demande d’être rentable? Par exemple, la loi sur l’innovation et la recherche de 1999 a institué la création de « start up » par les scientifiques : quel en est le bilan ? Combien a été investi à ce jour et pour quel résultat ? Il y a quelques années également, des manifestations et autres débats avaient eu lieu : pour quel résultat ?
- Enfin, est-il normal qu’en Biologie, il y ait autant de médecins ? Non pas ceux qui se consacrent entièrement à la recherche ou en font lors de leur cursus, mais ceux qui sont présent 10 à 20% de leur temps un peut partout et décident de tout sans limites de pouvoir ni de moyens ? La transversalité est elle à sens unique ? Est-on forcément un bon chercheur par ce que l’on est médecin ? Est-on capable d’encadrer correctement un étudiant, un ITA, un post doc lorsque l’on est jamais là ?

Conclusion.
Lancer ces assises était une excellente idée, mais qui ne sera constructive que si elle tire les enseignements des opinions exprimées : nombre de solutions existent et ne coutent rien. Au contraire, de nombreux moyens de rationalisation et d’optimisation existent et sont exprimés aux travers de ces différentes contributions. J’aimerai croire que cette fois, ce soit le bon sens, le travail et la jeunesse (d’âge, d’esprit) qui prévalent sur le carnet d’adresse.

Charles Theillet, DR Inserm

Simplifier le système
On parle depuis plus de dix ans de libérer la recherche française de ses pesanteurs pour lui donner plus de souplesse et de créativité. Si l'intention affichée est bonne, la réalisation durant le dernier quinquennat a essentiellement abouti à l'expression de présupposés idéologiques et de réalisations radicalement à l'opposé des objectifs. Nous faisons face à une multiplication des agents, structures et institutions aux prérogatives et missions plus ou moins recouvrantes. Il en résulte une complexité de gestion inouïe, une multiplication d'appels d'offre thématisés auquel les chercheurs tentent de s'adapter en construisant des projets parallèles plus ou moins bien reliés entre eux.
Il est donc urgent d'éliminer les strates qui se sont surajoutés avec les années. Chaque strate a amené ses règles, son administration jalouse de ses prérogatives et refusant souvent de parler avec ses homologues, ce qui aboutit à des conflits que les responsables d'équipes ou d'unité doivent régler. Vu de la base on s'interroge sur l'avantage qu'il y a de faire cohabiter les ITMO, l'INCa, l'ANR, les IHU, les LabEx, AVIESAN, l'INSERM et le CNRS.
Simplifier et assouplir les règles de gestion
les règles de gestion tatillonnes imposent une gymnastique permanente, soit pour s'y conformer, soit pour contourner une règle inapplicable. La multiplication des agences, acteurs et opérateurs possédant chacun leurs règles crée un épais maquis administratif qui épuise les personnels gestionnaires dans les unités. On terminera sur ce point avec la récente habitude du rapport d'étape annuel (merveilleuse idée venant de la CE) qui ajoute au temps passé à faire de l'administratif plutôt que de la recherche.
Il est donc urgent de simplifier les règles d'utilisation des fonds. Ceci impliquera peut être de trouver des adaptations aux règles de gestion comptable du public, mais la succession des rapports de la Cours des Comptes n'a fait que précipiter la recherche française dans un cauchemar administratif digne d'un roman de Kafka.
Laisser les EPST gérer les unités de recherche
La politique de rapprochement avec les Universités est globalement une bonne chose. Dans tous les pays développés les Universités sont des acteurs majeurs de la recherche et de l'innovation. Il est important qu'il en soit de même en France, mais pour en arriver là, il faudra que l'Université change ses modes de fonctionnement et ses habitudes. Pour l'heure il semble évident que les Universités qui doivent digérer l'autonomisation, les fusions, la mise en cohérence entre les PRES et les IdEx ne sont pas en mesure d'agir efficacement en tant qu'opérateurs. C'est pour cela qu'ont été créés les EPST. C'est avec eux et par eux que la recherche vit et crée dans l'Université française. De grâce laissons l'Université s'organiser avant de transférer des responsabilités. Préservons ce qui marche et améliorons le.
Les chercheurs EPST sont prêts à s'impliquer dans la vie de leurs Universités, encore faut-il leur en laisser sincèrement la possibilité. Les comités d'experts dans l'Université, l'éligibilité au sein des instances reste malheureusement encore soumise à des règles corporatistes visant à limiter l'influence des non universitaires.
Evaluation de la recherche.
sans vouloir entrer dans un débat qui me parait souvent idéologique sur la suppression ou non de l'AERES, je voudrais simplement noter que son introduction et le phasage avec les Universités a créé une lourdeur supplémentaire, en imposant des formulaires invraisemblables et un calendrier rigide de création de nouvelles structures. L'AERES a privilégié les visites sur site et globalement ces visites sont sérieuses et permettent de réels échanges entre les évaluateurs et les évalués. C'est une amélioration par rapport au système précédent. Par contre le temps séparant la décision de la visite d'évaluation est invraisemblable. Il faut passer 4 étapes et près d'un an. L'AERES délivre son rapport et son classement aux CSS qui les reprennent pour les valider ou pas, puis l'ensemble va au CS qui délivre une recommandation, laquelle sera étudiée par la direction de l'INSERM, qui décidera des unités et équipes à créer. En conséquence sur le terrain on se prépare pour l'évaluation deux ans avant l'évaluation et trois ans avant la mandature suivante.... Quand peut on réellement se consacrer à notre corps de métier qui est de créer de la nouveauté? De plus avec ce système quand vous n'êtes pas évalué, vous évaluez les autres.
formation par la recherche, thèses et post-docs.
Allonger la durée des thèses en biologie
leur durée est globalement trop courte. Il semble aberrant que la durée des thèses ait été uniformisée sur trois ans toutes disciplines confondues. C'est une étonnante volonté de normalisation qui ne prend pas en compte les réalités de terrain et les différences entre disciplines. Si une thèse en mathématique ou en physique théorique peut se réaliser en trois ans, voire deux, ce n'est pas le cas en biologie où le temps expérimental est plus lent. Il en résulte des choix pour que les thésards puissent aboutir en temps et ceci se fait au détriment de projets plus risqués.
Autoriser le financement des thésards sur les contrats
les financements de thèse sont en nombre insuffisants et d'obtention parfois obscure. Les règles varient d'une école doctorale à une autre, lesquelles se livrent d'étranges guerres pour sélectionner leurs candidats le plus tôt possible. En dehors des écoles doctorales auxquelles certains candidats étrangers ne peuvent pas postuler il existe peu de solutions, car l'ANR et l'INCa interdisent pour des raisons incompréhensibles de financer les thésards. Il faut remédier à cela en supprimant cette règle absurde. Ceci permettrait d'attirer les étudiants étrangers, comme le font les allemands. C'est d'autant plus nécessaire que l'AERES utilise le nombre de thésards par équipe comme un indicateur de qualité!
post-docs
L'actuel psychodrame de la limite des CDD à 6 ans, ramenée en réalité à 5 voire 3 ans selon les administrations pose le vrai problème de l'emploi scientifique, tant au niveau chercheur qu'ingénieur. Le nombre de postes de fonctionnaires restera très probablement limité et une solution de respiration devra être trouvée. La précarité est une réalité d'autant plus insupportable dans les laboratoires que les jeunes post-docs enchainent des contrats d'un ou deux ans dont ils ne savent pas s'ils seront renouvelés ou non. Des contrats du type tenure track de 5ans renouvelables pourraient servir de sas d'entrée au recrutement permanent sur un poste CR1 réévalué à la hausse. Ceci impliquerait la suppression des postes CR2.

Armelle Barelli - déléguée régionale Inserm Midi-Pyrénées et Limousin

Quelques propositions issues de l'assemblée générale tenue à Toulouse le 3 octobre 2012 en présence de Bernard Jégou, rapporteur général pour l'Inserm.

En présence de Bernard Jégou, de Dominique Le Quéau, rapporteur territorial pour Midi-Pyrénées et de Pierre Celsis, vice-président recherche de l'Université de Toulouse III, nous avons débattu durant trois heures autour des sujets de l'évaluation et du financement de la recherche.
Les propositions qui suivent reflètent le contenu des échanges entre les personnels présents membres des unités de recherche et de service rattachées à l'Inserm (une cinquantaine de présents). Armelle Barelli, déléguée régionale de l'Inserm en Midi-Pyrénées et Limousin, est chargée de rédiger cette synthèse.

Sur le financement de la recherche :
- rééquilibrer les dotations récurrentes et les financements sur projets au profit des premières
- simplifier le paysage, réduire la taille du millefeuille en remettant dans le giron des organismes ce qui aurait dû l’être depuis longtemps (certaines agences par exemple)
- définir les dotations quinquennales des laboratoires sur la base de l’évaluation et réserver les appels à projets aux questions sociétales, aux questions d’interface ou aux projets émergents (ou à risques)

Sur l'évaluation de la recherche :
- remettre la représentation des personnels et la démocratie dans les différentes instances d’évaluation
- déléguer l’évaluation des structures de recherche aux organismes pour ceux qui sont dotés d’instances compétentes et confier à l’AERES l’évaluation de ce qui n’est pas couvert
- l’évaluateur doit être le payeur
- se donner du temps pour faire de la recherche ; arrêter la course aux indicateurs de performance (facteur d’impact, liste de publis, H-index…)
- se doter des bons outils pour évaluer l’innovation en recherche ; valoriser les chercheurs qui ont des brevets

Sur les recrutements :
- inverser la proportion du nombre de postes ouverts au concours entre CR2 et CR1 (passer à 60/40)
- promouvoir le recrutement des jeunes chercheurs de moins de trente ans sur les postes de CR2 et revaloriser les salaires à l’entrée
- permettre le recrutement de CDD sur ressources propres banalisées (comme au CNRS).

Dominique LAGRANGE, IE, élue au conseil d'administration

Quelle place est faite aux ITA statutaires dans notre organisme ? propos non opposable à la situation très difficile des précaires et des besoins en postes de titulaires.
La direction affirme leur nécessité ; les choix budgétaires de ces dernières années l’attestent, dans la marge de manœuvre donnée par le gouvernement, mais après ces déclarations, la réalité des personnels est autre.
Le sentiment que la plupart des personnels exprime : « On est des pions »
Il faut bien le reconnaitre qui s'intéresse à leur parole ?
Ce n'est certainement pas dans les conseils d'unité ou de service, structure qui devrait permettre l'expression de tous les personnels sur la vie et les choix des structures. Le plus souvent ceux-ci quand ils existent, soit leur composition est faussée, et /ou il n'y a pas de vrai débat, au mieux de l'information. La diversité est grande dans les structures, cela n'empêche pas d’avoir des textes réglementaires fixant un cadre plus précis à cette instance et d'en vérifier son fonctionnement.
Une grande demande des personnels est leur reconnaissance professionnelle. Chacun s'accorde à dire que dans les équipes un ITA statutaire est indispensable , entre autre il est la garantie pour la formation des nouveaux, les taches collectives, c'est la mémoire technique de l'équipe.., les fonctions support le sont également mais ensuite ,qui se soucie de leur carrières, la hiérarchie le plus souvent pas ou peu ; certes les promotions sont faibles mais non nulles, ne parlons pas des catégorie C ou certains directeurs refusent de les présenter car ils ont peur que l'agent n'effectue plus le travail d'exécution nécessaire au laboratoire, position assez scandaleuse quand on connait leur niveau de salaires .
Il est temps que cela change, un plan de transformations des emplois pour les corps d’IT, déconnecté du nombre de recrutements comme cela est le cas actuellement, pour permettre la reconnaissance de la qualification de chacun et de reconnaître réellement leur place dans la vie de notre organisme.

KATZ

CONTRIBUTION AUX ASSISES
Rose Katz DR1 INSERM
Parmi les questions discutées dans le cadre de la consultation sur l’enseignement supérieur et la recherche : état de lieux, financement, évaluation, prise en compte des diverses activités de recherche, formation et emploi scientifiques, rôle des universités et des organismes de recherche, coopération nationale et internationale, je voudrais centrer ma contribution sur quelques points en partant de mon expérience de chercheur et de directrice de laboratoire, ainsi que de ma participation aux instances scientifiques et statutaires de l’INSERM ,du CNRS et deux universités.
1° La recherche scientifique repose, en premier lieu, sur les hommes et les femmes qui la réalisent, dans la diversité de leurs formations et de leurs fonctions, chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs, doctorant et post-doctorants. Pour permettre de développer une recherche scientifique de qualité, il n’y a pas de solution alternative à la nécessité d’assurer aux universités et aux organismes de recherche un niveau de recrutement de l’ensemble de leur personnel permettant le renouvellement et le brassage des générations. La qualité, l’originalité, le caractère innovant des travaux de recherche requièrent d’avoir le temps, les moyens et la liberté de se consacrer à des « problématiques à risque ». Les raisons qui vont conduire un étudiant à s’orienter vers la recherche scientifique sont bien évidemment multiples, mais la disponibilité et la qualité de l’accueil dans le laboratoire où il effectuera ses premiers stages, l’attractivité des métiers, l’exemple de ses aînés, vont jouer un rôle essentiel. L’accroissement sans limite des tâches administratives, le temps de plus en plus important consacré à la recherche de crédits sur contrats pour pallier la diminution récurrente des dotations des laboratoires, la compétition exacerbée, le développement de l’emploi précaire et le « mythe de l’excellence » rendent la vie des laboratoires de moins en moins accueillante et les chercheurs de moins en moins disponibles aux plus jeunes. Le progrès des connaissances repose sur les travaux de recherche de l’ensemble de la communauté scientifique, et la découverte des uns est faite de l’exploration par d’autres, de voies qui vont peut-être se révéler moins fructueuses, mais qui sont indispensables pour permettre l’acquisition de nouvelles connaissances.
Pour permettre aux chercheurs de développer leurs travaux dans la durée, les personnels des EPST,comme cela était déjà le cas pour les universitaires bénéficient depuis 1982 d’un statut de la fonction publique. Couplé à une évaluation de l’activité des chercheurs tous les deux ans, et à une évaluation de l’activité des laboratoires tous les quatre ans (et maintenant cinq), ce statut garantit également la liberté de recherche et permet aux chercheurs de faire face aux pressions que pourraient exercer des lobbies administratifs, politiques ou économiques sur la diffusion de découvertes scientifiques (comme par exemple, dans le cas de l’amiante ou du Mediator). Le savoir-faire, les compétences acquises au cours du temps des ingénieurs et techniciens sont également un atout indispensable au développement des recherches. La précarité de ces emplois est non seulement un gâchis humain mais également une perte de savoir-faire et de compétences qui conduit de plus parfois certains laboratoires, à faire effectuer aux étudiants en thèse, des tâches qui n’entrent pas dans le cadre de leurs travaux de thèse.

2° La nécessité d’une évaluation rigoureuse, aussi bien des chercheurs que des laboratoires, est unanimement reconnue. Dans des formes diverses selon les pays, elle repose sur l’évaluation par les pairs, seuls à même d’apprécier l’originalité et le caractère novateur des travaux de recherche. C’est en particulier de cette manière que fonctionnent les comités de rédaction des revues internationales, qui décident de la publication des articles scientifiques. L’évaluation par les pairs est incontournable car nul ne peut prédire dans quels domaines se produiront les découvertes, et pour ne s’en tenir qu’à quelques exemples : ce n’est pas en essayant d’améliorer la bougie qu’on a découvert l’électricité ni en s’efforçant d’améliorer la radiologie qu’on a mis au point le scanner ou l’IRM. Pour être efficace, l’évaluation doit être reconnue par les chercheurs, ce qui suppose qu’elle soit transparente, collégiale, contradictoire , pérenne et comparative ce qui implique qu’elle se situe au niveau national. La composition des instances scientifiques des EPSTs comprenant chercheurs, Universitaires et Techniciens/Ingénieurs , avec une majorité d’élus, et des nommés pour permettre la prise en compte de l’ensemble des disciplines, permet d’assurer la responsabilité des instances vis à vis de la communauté scientifique. Leur durée de vie pendant une mandature (4 à 5 ans) limite les éventuels effets d’école et leur permet de suivre les conséquences de leurs avis. Pour être efficace, l’évaluation ne doit pas être une sanction mais une aide pour les chercheurs et les laboratoires, permettant de détecter assez tôt les problèmes qui peuvent se poser, afin d’aider à trouver des solutions s’il y a lieu .Parce qu’elle ne remplit pas la grande majorité de ces critères, l’AERES devrait être supprimée
3° J’ai vu se succéder au cours du temps plusieurs conceptions de la structure des laboratoires, tantôt privilégiant les toutes petites formations, tantôt au contraire les grands Instituts. Il me semble que la structure des laboratoires de recherche doit reposer sur la libre association de scientifiques autour d’un projet de recherche porté par une personnalité reconnue pour sa qualité scientifique et son rôle de direction et d’animation. Le fait qu’un laboratoire comprenne plusieurs équipes permet à certaines de pouvoir prendre le temps de développer des sujets qui peuvent ne pas donner rapidement lieu à publication ou à brevet. Le laboratoire est donc un lieu de coopération et de solidarité ; il doit permettre à toutes les équipes de financer leurs programmes au travers des choix faits par le conseil de laboratoire. Les diverses primes « d’excellence » qui mettent en compétition les chercheurs à l’intérieur d’un laboratoire devraient être supprimées et leur montant contribuer à augmenter le salaire des personnels particulièrement en début de carrière.
Au cours de ces trente dernières années, le nombre des universités a augmenté en France, et celles-ci sont diverses par leur histoire, leur nombre d’étudiants, les moyens dont elles disposent. Compte tenu de cette diversité, leur mise en concurrence n’a aucun sens, et a essentiellement pour effet d’affaiblir les établissements les moins bien dotés. Au contraire, il faudrait développer une politique de coopération et de mise en réseau des différentes structures de recherche de l’ensemble des universités. La mise en place des IDEX, outre leur contribution à l’emploi précaire et à l’opacité totale de leur gestion, conduit également à la déstructuration du tissu de recherche. A vouloir sélectionner à outrance les structures « d’excellence », en laissant dépérir les structures de recherche qui ont permis leur éclosion, c’est la recherche tout entière, l’ensemble donc des structures dites d’excellence et les autres, que l’on met en péril et dont on compromet le renouvellement.

4° Le pourcentage de son PIB que la France consacre à la recherche est inférieur à celui de nombreux pays, comme la Finlande, la Corée du Sud, Israël, Les Etats Unis, l’Allemagne, le Japon, la Suède, l’Autriche, Taïwan, le Danemark, la Suisse, etc…
La mise à plat de la multiplicité des structures qui ont été mises en place au cours des cinq dernières années et la refonte en profondeur du crédit impôt-recherche, dont le rôle actuel est largement contesté par plusieurs rapports parlementaires et dont le montant est environ le double du budget annuel du CNRS, pourraient permettre de contribuer à l’augmentation du budget de la recherche publique. Enfin, il est indispensable de relancer la recherche industrielle en France, ce qui suppose des programmes de ré-industrialisation n’excluant pas la création de pôles industriels publics. Et ceci particulièrement dans le domaine de la biologie où les entreprises du GBM comme la CGR ou celles du médicament, ont réduit de façon massive leurs centres de recherche, faisant disparaître des milliers d’emplois comme à Romainville, à Montpellier et à Toulouse. Ce déclin de la recherche industrielle ne permet ni la valorisation des résultats obtenus dans les laboratoires de la recherche publique , ni le recrutement dans le secteur industriel d ‘étudiants ayant acquis une formation par la recherche dans les universités et les EPST.

Renée Ventura-Clapier DR CNRS

le texte remis par des représentants du C3N - (Coordination des instances du Comité national de la recherche scientifique: Conseil scientifique, Conseils scientifiques d'Instituts, et comité National du CNRS) lors des auditions par le Comité de pilotage des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche représente une analyse largement partagée par les acteurs de la recherche.

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Note à destination du Comité de pilotage des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, en prévision de l’audition des représentants du C3N - Coordination des instances du Comité national de la recherche scientifique, le mercredi 29 août 2012.
Au cours de la dernière décennie, et sous couvert de permettre le développement, en France, de pôles de recherche et d’enseignement supérieur d’excellence, nous avons assisté à la multiplication de structures de financement et de pilotage qui sont en passe d’asphyxier durablement les capacités de recherche et d’innovation nationales.
Le financement de la recherche sur projet individuel à court terme, et le plus souvent sur appel d’offres fléché, est devenu systématique. L’ANR n’en représente que la source la plus visible, mais c’est devenu le fait de toutes les institutions soutenant la recherche, qu’il s’agisse des institutions supranationales, et notamment européennes, nationales (ANR, mais aussi ministères, associations, etc.), régionales et locales (régions mais aussi MSH par exemple), et maintenant « de site » (universités, PRES, Idex…). Ce mode de financement et d’évaluation a produit de multiples effets pervers.
1) Il oblige les chercheurs à réorienter en permanence leurs recherches pour les adapter aux priorités de tous ces acteurs, au détriment de la logique propre à leurs travaux.
2) Le temps consacré à la réponse aux appels d’offres, à la gestion des contrats et à l’évaluation des projets représente désormais une part déraisonnable de l’activité des personnels de la recherche et exclut en pratique bon nombre d'enseignants-chercheurs.
3) Parallèlement, les financements récurrents des équipes de recherches, ceux qui permettent d’accompagner la dynamique des recherches collectives sur le long terme ou de réagir sans délai pour soutenir les intuitions des chercheurs, n’ont cessé de diminuer.
4) Si les recherches menées dans les laboratoires du CNRS sont en partie financées par les contrats ANR obtenus par leurs chercheurs et enseignants-chercheurs, le CNRS, les universités et les autres organismes de recherche doivent y ajouter des sommes importantes, des coûts marginaux qui pèsent là aussi sur les crédits récurrents des laboratoires. Ceux-ci ont tellement diminué au cours des dernières années que, de l’aveu même de la direction du CNRS, toute diminution supplémentaire de son budget devra se traduire par une diminution de l’emploi scientifique pérenne. De plus, les règles de financement imposées par l’ANR en particulier sont souvent absurdes : par exemple, une équipe n’a pas le droit de payer les prestations des plateformes technologiques de son UMR. Et alors que les contrats engendrent évidemment des coûts additionnels pour les laboratoires, ceux-ci ne sont pas autorisés à mutualiser une partie des fonds.
5) Par ailleurs, la multiplication des financements sur projets a également conduit à une croissance très importante de l’emploi scientifique précaire. Les jeunes docteurs sont de plus en
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plus souvent contraints d’enchaîner, des années durant, des emplois d’assistant de recherche d’une part, et d’enseignement d’autre part, sous forme de vacations ou de contrats à durée très limitée ; de plus, ces emplois ne contribuent pas toujours à accroître leurs compétences et leur production scientifique et surtout, ils ne débouchent pas nécessairement sur des emplois pérennes. Cette recherche sur projet conduit également au recrutement de nombreux ITA en CDD dont l'avenir est précaire et dont le savoir-faire est perdu pour les laboratoires.
6) Enfin, spécificité française largement enviée par nos collègues étrangers, le statut de chercheur à temps plein et à vie reste, malgré un niveau de salaire peu compétitif au niveau mondial, d’une grande attractivité en début de carrière, du fait de la liberté qu’il autorise dans la poursuite de ses recherches. La diminution de ces recrutements, qui coïncide avec l’assèchement pour dix ans du flux d’embauche par les universités, et la transformation des conditions de financement des recherches évoquée plus haut, risquent de porter atteinte à cette capacité du système de recherche français d’attirer à lui les jeunes chercheurs de tous les pays.
Il apparaît donc urgent de stopper ces dérives. Il faut soutenir l’emploi scientifique pérenne, d’une part, et redonner des moyens aux laboratoires, d’autre part, pour permettre aux scientifiques de conduire, collectivement, les projets qui découlent de l’avancée de leurs découvertes les plus prometteuses. S’il est tout à fait légitime que le financement public de la recherche s’assortisse d’un contrôle national et de l’expression de priorités sociales et politiques, il ne s’ensuit pas que toutes les structures et instances participant au système de recherche doivent faire du pilotage. Une politique scientifique ne se résume pas à l’affichage de priorités thématiques et disciplinaires, surtout quand les acteurs et les structures ont été multipliés, de sorte que tous ces pilotages ne sont plus, nulle part, mis en cohérence. Voici quelques propositions qui nous semblent prioritaires pour redonner à la recherche française sa capacité d’action :
1) L’ANR en particulier doit perdre de son importance ; une grande partie de son budget - celui consacré aux appels thématiques en particulier - doit être rendue aux établissements et notamment au CNRS, et ce sans déperdition, pour abonder les crédits de fonctionnement et la masse salariale. Une analyse indépendante des résultats et des procédures d’évaluation par l’ANR des projets et appels à projets, permettrait de tirer les leçons de cette expérience de financement sur projets et d’évaluation a priori, inédite en France à cette échelle.
2) Le financement de la recherche française est en partie obéré par la part trop importante et mal contrôlée prise par le Crédit Impôt Recherche dans ces dernières années : le CIR coûte environ 5 Md € à l’État, soit le double du budget du CNRS, salaires et grandes infrastructures compris. Quand l’évaluation est devenue le maître mot de l’action publique en général et de la politique scientifique en particulier, le CIR continue d’échapper à toute forme d’évaluation scientifique, et ce alors que de nombreuses analyses, notamment parlementaires, ont clairement établi qu’il joue essentiellement le rôle de niche fiscale pour les grandes entreprises et/ou de mode de contournement des règles européennes en matière de soutien public aux entreprises. Le
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CIR doit être profondément réformé : une partie substantielle des sommes correspondantes doit être consacrée à la recherche publique. Pour le reste, les financements attribués dans ce cadre doivent être orientés en priorité vers les PME et faire l’objet d’une évaluation visant à établir que les sommes conservées par les entreprises ont bien été consacrées à des travaux de recherche originaux et être notamment conditionnées à l’embauche, de docteurs en particulier.
3) Les personnels de la recherche sont persuadés de l'utilité d'une évaluation sérieuse, ce dont ils ont une pratique quotidienne. Le Comité National de la Recherche Scientifique et les instances des autres organismes évaluaient régulièrement les chercheurs et les laboratoires jusqu’à ce que l’AERES, dont la mission était pourtant d’organiser et de vérifier le bon fonctionnement de l’évaluation de la recherche, ne se pose elle-même en instance d’évaluation et ne retire au CoNRS et aux instances des EPST l’évaluation des unités. De fait, la seule vertu de l’AERES aura été de contribuer à ce que toutes les unités et structures de recherche soient évaluées, sans plus se limiter aux unités propres et mixtes du CNRS. Pour le reste, elle n'a fait que contribuer à instaurer une gestion managériale, autoritariste et figée des unités de recherche, elle a perdu la capacité à voir les évolutions à moyen terme du fait de la rigidité des notations quadriennales - maintenant quinquennales ; elle a découplé l'évaluation des chercheurs et celle de leur laboratoire, privant chacune d’elles d’une partie de leur substance. On a vu récemment comment elle s'est révélée incapable d'effectuer une évaluation intelligente et utile d'un organisme comme le CNRS. Les efforts récents de l’AERES pour répondre aux critiques qui lui sont adressées n’ont fait que contribuer à rendre l’évaluation plus complexe et plus bureaucratique : les notations portent de plus en plus sur le projet en tant que dispositif stratégique de l’unité, tandis que les réalisations de l’équipe font de moins en moins l’objet d’une évaluation réellement scientifique, i.e. collégiale et délibérative, portant sur le contenu des travaux menés et publiés par l’ensemble des membres d’une équipe. Que cela passe par une suppression pure et simple de l’AERES ou par sa réforme profonde, il faut réintroduire au plus vite de la transparence et de la représentativité dans la procédure d’évaluation et le choix des experts, recentrer l’évaluation sur le bilan des unités et remplacer la notation par la consultation et la discussion sur le projet. L’évaluation des UMR doit être rendue au CoNRS et aux autres instances nationales, tandis que la question de l'évaluation des équipes d'accueil doit être revue avec le CNU. Les valeurs qui doivent guider l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, et que l’AERES ne pouvait incarner par construction, quelle que soit la bonne volonté des chercheurs qui s’y sont impliqués, sont l’indépendance, la compétence, la collégialité, la pérennité, la représentativité et la transparence.
4) Enfin, et c’est essentiel, le CNRS et les organismes publics de recherche doivent retrouver leur rôle central d’opérateurs de recherche en France en collaboration étroite avec les universités comme cela se pratique depuis de nombreuses années à travers le copilotage des UMR. Il doit être mis fin à la multiplication des structures d’organisation de la soi-disant « excellence ». Les chercheurs, quel que soit leur statut, dépensent aujourd’hui une énergie considérable à tenter de comprendre et de s’adapter à un système de décision dont personne ne maîtrise la logique, mais
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dont on voit bien comment il est en train d’étouffer toutes les formes de démocratie au sein de l’Université et de la recherche. Les IDEX en particulier, dernière couche de ce qu’il est convenu d’appeler le « millefeuille institutionnel », doivent disparaître avant d’avoir pleinement produit les effets qu’on attendait d’eux : finir de casser l’université pour tous, finaliser la recherche au détriment de la recherche fondamentale, organiser la compétition généralisée entre les personnels de la recherche et les priver définitivement de toute forme de liberté et de participation à l’organisation de leur activité. D’autres manières d’élaborer les politiques de site et de les mettre en cohérence au plan national doivent être mises en place, qui conjuguent les dialogues organisme-université et État-région tels que pratiqués par exemple dans les CPER. Une telle articulation stratégique entre les tutelles locales et nationales pourrait être préparée par une organisation adaptée de l’évaluation.
Le C3N, en tant qu’instance représentative des composantes du Comité National de la Recherche Scientifique, demande que les structures, les responsabilités et les valeurs qui ont été remises en cause ces dernières années (continuité thématique du CNRS, représentativité des instances, Unité Mixte de Recherche comme structure élémentaire de la recherche, diversité du recrutement, pérennité des équipes et des projets grâce à la stabilité des crédits récurrents des laboratoires, simplification de la gestion, etc.), soient rétablies. Il demande que les principes, les structures et les valeurs qui ont été promus (culte et mesure du résultat et de la « performance », de l’utilité à court terme, agences de moyens ou d’évaluation, pilotage à toutes les échelles, notamment par de nouveaux outils managériaux et financiers, affichage de postes à profil, etc.) soient rapidement écartés. La compétition est peut-être un moteur central de l’activité économique mais ce n’est pas le moteur de la découverte scientifique, laquelle exige au contraire avant tout confiance, collaboration et patience. L’individualisation des responsabilités - à travers la contractualisation tout azimut des projets - et des rémunérations fait peser de réels dangers sur la capacité créatrice des équipes de recherche en France. La Prime d’Excellence Scientifique pour les chercheurs, notamment, doit disparaître au plus vite et être remplacée par une amélioration des possibilités d’évolution des carrières. Renforcer notre dispositif de recherche suppose non seulement de ne pas opposer les individus, les équipes et les sites les uns aux autres mais au contraire, de s’appuyer avec confiance sur les capacités d’évaluation, d’action et de coordination nationale des équipes et des organismes comme le CNRS : il est temps de cesser de rougir de disposer d’une telle institution et de lui confier les moyens de contribuer pleinement au développement d’une recherche française dont la réputation et le rôle au niveau international n’ont, quoi qu’on ait voulu faire croire, jamais été mis en cause.
C3N, Vendredi 24 août 2012.


Pierre Carayon

A Otto Ritter, group fuhrer, Stop Innovation :

Bravo, bravissimo, bravississimo !!! Ou comme disait l'Autre : "vous m'avez compris !!!"
Il y a bien un lien étroit entre innovation et mobilité, mais accepter ce principe c'est, comme vous le suggérez, prendre l'initiative d'une diaspora des "Innovants" vers l'étranger.

Rédigé par : Pierre Carayon |

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